à Lacq, Total planque le CO2 sous terre

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Plutôt que de rejeter les gaz à effets de serre dans l'atmosphère, pourquoi ne pas les stocker sous terre. Le pari, osé, est tenté par Total, qui a inauguré hier le premier site au monde de captage-stockage de CO2 à Lacq, près de Pau (Pyrénées-Atlantiques). D'ici à 2012, 120 000 tonnes de dioxyde de carbone (l'équivalent des rejets de 40 000 voitures pendant deux ans) vont être piégés et stockés avant d'être enfouis à 4 500 m de profondeur, dans le champ gazier épuisé de Rousse (lire encadré). Le CO2 provient d'une des immenses chaudières utilisées pour la production et le traitement du gaz naturel qui est extrait sur ce bassin.

Le projet a coûté 60 millions d'euros au groupe pétrolier, mais pourrait lui rapporter beaucoup plus. « Le marché potentiel pour cette technologie peut représenter quelque 600 milliards d'euros à l'horizon 2030 », a affirmé hier Valérie Létard, lors de l'inauguration. La secrétaire d'Etat aux Technologies vertes voit dans ce procédé industriel « un outil écologique » pour réduire les émissions de gaz à effets de serre. Une position qui fait bondir les associations de défense de l'environnement et les riverains, qui ont manifesté sur le site hier, en marge de l'inauguration.

« On fait passer pour verte une technologie qui ne l'est pas du tout, accuse Marie-Laure Lambert, de France Nature Environnement. Pour retraiter le CO2, il faut 40 % d'énergie supplémentaires. Et l'on ne sait rien des risques à long terme du stockage sous terre. Qui nous dit que les puits de béton résisteront encore dans cent ans. »

Le CO2 inodore et incolore est en effet mortel à un taux de concentration dans l'air ambiant de seulement 5 %. Argument choc des écologistes, la catastrophe du lac Nyos (Cameroun), en 1996 : la fuite de milliers de tonnes de CO2, naturellement présents dans le sous-sol, avait alors provoqué la mort de plus de 900 personnes en quelques minutes. W

C. M.