Les Français sont «revenus à un niveau extrême de défiance à l’égard du pouvoir»

ETUDE C'est ce qu'affirme la première vague du baromètre de la confiance politique...

Vincent Vantighem

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Pascal Perrineau, professeur des universites, Directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po ( CEVIPOF ) à Paris, le 24 avril 2007
Pascal Perrineau, professeur des universites, Directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po ( CEVIPOF ) à Paris, le 24 avril 2007 — IBO/SIPA

Avoir confiance en soi. Voilà au moins une bonne résolution que les Français n’auront pas à prendre en 2010. Selon la première vague du baromètre de la confiance politique*, c’est en effet en eux-mêmes que les Français ont le plus confiance pour affronter l’avenir. «Aujourd’hui, ils sont revenus à un niveau extrême de défiance à l’égard du pouvoir politique et économique», analyse Pascal Perrineau, directeur du Cevipof, le centre d’étude de la vie politique française.

«Un vrai problème de crédibilité politique»
 
Et c’est le moins qu’on puisse dire. Non centrée sur les personnalités politiques en tant que tel, l’étude de la Sofres révèle que 67% des Français n’ont ni confiance en la droite, ni confiance en la gauche pour gouverner le pays. Le constat est encore plus accablant si l’on regarde à gauche. Seuls 49% des sympathisants PS ont confiance dans la gauche pour gouverner le pays. Ils sont 66% de sympathisants UMP à penser la même chose de la droite. «L’opposition de gauche ne profite absolument pas de sa position, poursuit Pascal Perrineau. Il y a un vrai problème de crédibilité politique...»
 
Ca dépend pour qui. Dans ce marasme, les institutions locales sont les seules à tirer leur épingle du jeu. Alors que le gouvernement en tant qu’institution ne recueille que 31% d’appréciations favorables, les conseils municipaux, généraux et régionaux explosent les stats avec des scores supérieurs à 60%. «Il y a une vraie déconnexion entre la scène politique nationale et la scène locale», analyse le politicologue qui ne table pas pour autant sur une forte participation aux prochaines élections régionales.

Entreprises, banques, médias et politiques dans le même panier
 
Sans surprise, la crise n’a pas améliorée la perception qu’ont les Français des pouvoirs économiques. Ils sont ainsi 80% à penser que la situation s’est dégradée durant les douze derniers mois. Les coupables sont connus: les grandes entreprises privées et les banques qui ne recueillent respectivement que 43% et 37% d’opinions favorables. Ce qui est toujours mieux que les médias qui, avec 27%, ne dépassent les partis politiques que d’une courte tête (23%).
 
Au regard de ces statistiques, on comprend mieux pourquoi les Français ont confiance en eux. Plus de deux-tiers d’entre eux estiment que leur vie «correspond à leurs attentes». Et quand on leur demande en qui ils ont le plus confiance pour défendre leurs intérêts, la réponse fuse : «Moi-même» à 71%. L’analyse de Pascal Perrineau est à diffuser dans tous les bureaux de campagne politique: «Les Français se sentent bien mais ils sont refermés sur eux. Il va falloir aller les chercher pour les amener aux urnes dans quelques semaines...»

*Enquête réalisée par TNS/Sofres pour le CEVIPOF, Edelman et l’Institut Pierre Mendès France auprès de 1 500 personnes âgées de 18 ans et plus et inscrits sur les listes électorales entre le 9 et le 19 décembre 2009 selon la méthode des quotas.