Trois détenus se suicident à la prison de Mont-de-Marsan

DETENTION Les nouvelles cellules et les pyjamas en papier de la ministre n'y ont rien changé...

N. B. avec agence

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À l'intérieur du nouveau centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan (Photo prise le 20 novembre 2008 lors de l'inauguration)
À l'intérieur du nouveau centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan (Photo prise le 20 novembre 2008 lors de l'inauguration) — AFP PHOTO / NICOLAS TUCAT

L’administration pénitentiaire a annoncé lundi que trois détenus, dont le dernier dimanche, se sont suicidés depuis quinze jours au centre de détention de Pémégnan à Mont-de-Marsan, un établissement ouvert en décembre 2008 et où sont incarcérés 650 hommes.

 
Deux détenus, âgés «de 25 ans et environ 30 ans», «se sont suicidés par pendaison» les 18 et 20 décembre. Un troisième détenu a mis fin à ses jours dimanche, a indiqué à l'AFP la direction interrégionale des services pénitentiaires d'Aquitaine, sans donner plus de précision. Selon le quotidien Sud Ouest, il s'agit d'un jeune homme de 25 ans, incarcéré pour une affaire de stupéfiants et qui lui aussi se serait donné la mort par pendaison.
 
«Le jeune homme a laissé un mot dans lequel il dit qu'il préférait sa vie d'avant», a indiqué le délégué de l'Union fédérale autonome pénitentiaire (Ufap) du centre de détention de Mont-de-Marsan, Jean-Yves Cellier.
 
Selon-lui, six détenus ont mis fin à leurs jours depuis l'ouverture de cette nouvelle prison il y a un an, précisant que cinq de ces morts étaient «définitivement» considérées comme des suicides par l'administration (une enquête est en cours pour le sixième).
 
MAM peut garder ses pyjamas en papier
 
Concernant les mesures de lutte contre le suicide présentées en août par la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, notamment le kit comprenant un pyjama en papier à usage unique, Jean-Yves Cellier, considère que l'«on a fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose».
 
«On a vu quelques kits au début (après l'annonce de la ministre) puis plus rien», a affirmé le délégué de l'Ufap.
 
De son côté, la représentante de l'Observatoire international des prisons (OIP), pour l'Aquitaine, le Limousin et le Poitou-Charentes, Barbara Liaras, regrette les options «sécuritaires» de l'administration: «La prévention des suicides en prison est quelque chose d'hyper technique et on reste dans le tout sécuritaire. On ne lutte pas contre le suicide avec des pyjamas en papier.»
 
Un autre détenu pendu à Rouen
 
Par ailleurs, un détenu de la maison d'arrêt de Rouen, âgé de 21 ans, s'est tué dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier en se pendant aux barreaux de sa cellule.
 
Selon les premiers éléments de l'enquête de police, l'homme a été retrouvé mort par des surveillants lors d'une ronde vers 1h du matin. Il était pendu aux barreaux de sa cellule avec la housse de sa couette.
 
Originaire du nord de la France, le jeune homme, qui souffrait de problèmes psychiatriques, était en détention provisoire en attente de son jugement pour des faits qui n'ont pas été précisés.
 
La France, toujours première sur le suicide en prison
 
Selon une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) publiée mi-décembre, la France détient le taux de suicides en prison le plus élevé de l'Europe des Quinze (20 suicides pour 10.000 détenus, moyenne annuelle entre 2002 et 2006), loin devant le Danemark (13 pour 10.000), tandis que la Grèce a le taux le plus bas (quatre pour 10.000).
 
En France métropolitaine, toujours selon l'Ined, le nombre de suicides en prison a été multiplié par cinq en 50 ans, alors qu'il a peu changé dans la population générale. En France, les détenus se suicident six fois plus que les hommes libres.