Nouveau rapport de deux pilotes sur le crash du Rio-Paris

CATASTROPHE Les auteurs de la contre-enquête sur l'accident publiée en octobre dernier demandent dans un nouveau document des mesures de sécurité très strictes et des tests à haute altitude pour les sondes Pitot et Goodrich...

Bérénice Dubuc
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Des débris de l'AF447 récupérés par l'armée brésilienne en 2009
  Des débris de l'AF447 récupérés par l'armée brésilienne en 2009 — H.NEW / REUTERS

Un rapport accablant. Gérard Arnoux, président du SPAF (syndicat des pilotes d’Air France), partie civile dans le crash du vol AF 447, et Henri Marnet-Cornus, ancien commandant de bord sortent un second rapport sur cet accident, qu’ils vont transmettre, «d’ici mercredi ou au plus tard la fin de la semaine», aux juges chargés de l’enquête. Ils portent un regard très sévère à l’égard des sondes qui, bouchées par de la glace, ont été la «cause principale et première» du crash comme l’a expliqué Gérard Arnoux à 20minutes.fr.


Selon lui, la catastrophe aurait pu être évitée si les autorités aériennes et le constructeur n’avaient pas été négligents. «Je fais ça pour éviter un nouveau Mont Sainte Odile (catastrophe aérienne, en 1992, pour laquelle personne n’a été condamné, ndlr) et pour que le juge soit guidé, qu’il sache où regarder, car l’aéronautique est un domaine très technique et très complexe.»

Contourner les zones contenant des cristaux de glace


Le rapport prône l'obligation temporaire d'éviter les zones contenant des cristaux de glace susceptibles de boucher les sondes Pitot. Car si le 17 décembre dernier, le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a recommandé de changer les normes de certification des sondes Pitot à haute altitude, les sondes Goodrich qui les ont remplacées ne sont pas sûres à 100%. Aucune sonde n’a été testée à haute altitude pour résister aux cristaux de glace, rappelle le rapport.


Une telle recommandation est «irréaliste», selon le BEA, qui, interrogé par 20minutes.fr, rappelle que les zones convectives sont toujours évitées au maximum par les équipages, mais que l’emplacement des zones à cristaux de glace est «imprévisible».

BEA et AESA dans le viseur


«Le BEA ment et ne fait pas son travail», d’après Gérard Arnoux. Avec Henri Marnet-Cornus, il accuse dans le rapport les autorités de n’avoir pas effectué un retour d’expérience en bonne et due forme sur les défaillances des sondes Pitot, notamment les incidents de givrage recensés par Airbus. 


Les deux pilotes sont aussi sans complaisance envers l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA). Selon eux, elle aurait décidé délibérément de ne pas classer comme «dangereux» les incidents de givrage des sondes répertoriés sur les Airbus, pour éviter d’avoir à imposer dès décembre 2008 le remplacement des sondes Pitot.