Quand le suicide se fait altruiste

PSYCHIATRIE Pour les médecins, vouloir emmener son enfant avec soi quand on décide d'en finir peut être un acte d'amour...

Julien Ménielle

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Article mis à jour le 4 février 2013.

Quand l'existence devient insupportable, le suicide est une issue ultime, violente. Plus violent encore, le geste de cette mère de famille à Niort qui, comme une  jeune femme à Etretat avant elle, a choisi d'emporter ses enfants avec elle. «Un cas classique de "suicide altruiste"», explique à 20minutes.fr le Dr Samuel Lepastier, psychiatre à la Pitié Salpetrière.
 
Le suicide altruiste est décrit par les experts comme la volonté d'emmener dans la mort un être cher. Ce qui «paradoxalement, peut être un geste d'amour», affirme dans une interview au quotidien belge Le Soir le Dr Paul Bensussan. Un phénomène qui concerne bien souvent «des femmes mélancoliques», selon son confrère Samuel Lepastier.
 
«Epargner la survie»
 
Une mélancolie au sens psychiatrique du terme. C'est-à-dire une forme extrême de dépression. Dans cette situation, la mort est la seule issue à une vie devenue intolérable, et laisser vivre son enfant est considéré comme un abandon. «Emporter son enfant est une façon de lui épargner la survie, qui plus est comme un orphelin», ajoute Samuel Lepastier.
 
Dans le cas de la jeune femme d'Etretat, le mari a en effet parlé d'un état dépressif et de pulsions suicidaires mais aussi de son intention de se séparer de son épouse. «Un suicide est un geste agressif envers celui qui survit, et un crime retourné contre soi», précise Samuel Lepastier. Mais selon lui, on ne choisit pas d'emporter son enfant pour en priver son conjoint.