Pour Hervé Mariton, la burqa «n'est pas compatible avec notre vision de la société»

POLITIQUE Le débat sur le voile intégral sort du cadre des libertés de la femme, jusque là invoqué, pour glisser vers le terrain de la sécurité...

Maud Descamps

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Une femme, portant le voile intégral, pose devant la tour Eiffel à Paris.
Une femme, portant le voile intégral, pose devant la tour Eiffel à Paris. — LE FLOCH/SIPA

«La clarté de l'intention du législateur est le meilleur outil pour régler le problème», lance Hervé Mariton. Quel problème? «Celui de la burqa sur la voie publique» rétorque le député UMP, qui souligne qu'on ne peut «avancer masqué et enfermé dans notre société». Une question de «dignité humaine» selon le député.

La burqa «n'est pas compatible avec notre vision de la société»

Mais si Jean-François Copé, qui va déposé mardi une proposition de loi sur le voile intégral, parle comme Hervé Mariton d'une question de respect de la femme, le patron des députés UMP évoque aussi une question «d'ordre de la sécurité publique» pour laquelle la burqa serait une menace.

«Cet élément de sécurité (invoqué par Copé, ndlr) est lié aux mesures de contrôles d'identité. On ne sait pas qui est derrière le voile», explique, un peu mal à l'aise, Hervé Martiton, préférant insister avant tout sur «l'enfermement» que représente ce voile pour la femme qui «n'est pas compatible avec notre vision de la société». La fond problème est donc là: une certaine idée de la société de demain, plutôt qu'une quelconque inquiétude quant à la sécurité et à l'ordre public.

«On ne peut être soi-même en portant une burqa»

Mais tout le monde ne semble pas d'accord avec cette France de demain que souhaitent Jean-François Copé et ses collègues députés. La vice-présidente du MoDem Marielle de Sarnez a dénoncé «la précipitation incompréhensible» du président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. L'annonce de cette proposition de loi intervient alors que sont attendues fin janvier les conclusions d'une mission parlementaire qui a planché six mois sur la question du voile intégral.

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Pour Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), «on touche ici à une liberté fondamentale qui est celle d'être et d'exister dans l'espace public tel qu'on est». Mais «être tel qu'on est» n'est pas compatible avec le voile intégrale pour Hervé Mariton. «On ne peut être soi-même en portant une burqa», souligne-t-il. Deux regards opposés sur un phénomène qui reste marginal puisque moins de 300 femmes en France portent le voile intégral.

«Nous voulons que vous deveniez invisibles»

Pour le président du Mrap, pourtant fermement opposé à la burqa, l'interdiction du voile intégral dans l'espace public «relève de la plus grande subjectivité. Je comprends que cela puisse choquer, mais cela relève d'une problématique personnelle. Si on va dans ce sans, alors demain nous légiférerons sur les minijupes si elles dérangent quelqu'un». Pour Mouloud Aounit, le message envoyé aux musulmans de France, à quelques mois des élections régionales, est clair: «nous voulons que vous deveniez invisibles».