Proposition de loi sur la burqa: un «sabordage» selon un député UMP

POLITIQUE La mission d'information parlementaire doit rendre son rapport vers la fin janvier, mais le texte aura alors déjà été déposé...

Maud Noyon

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Sur le marché de Stains (Seine-Saint-Denis), mercredi.  En France, entre 1 000 et 1 500 femmes porteraient le voile intégral.
Sur le marché de Stains (Seine-Saint-Denis), mercredi. En France, entre 1 000 et 1 500 femmes porteraient le voile intégral. — S. FILOSA / 20 MINUTES

Une mission parlementaire désormais sous forte influence. En annonçant mardi le dépôt d'une proposition de loi pour interdire de fait la burqa dans l'espace public, les députés UMP ont envoyé un signal clair mais pas forcément apprécié aux membres de la mission qui travaillent sur le sujet.

«Je ne comprends vraiment pas cette décision. On a fait près de 200 auditions, on a un président communiste, un rapporteur UMP… et on court-circuite, on saborde cette mission alors qu’elle allait bientôt aboutir», a expliqué Eric Diard à 20minutes.fr.
 
Le député UMP des Bouches-du-Rhône, et secrétaire de la mission, s’interroge sur l’opportunité d’avoir créé un groupe parallèle, à l’origine de la proposition de loi. Hébergeant de nombreux députés UMP très motivés mais pas acceptés dans la mission, ce groupe aurait selon lui voulu griller la priorité à la mission parlementaire pour des motifs politiques.
 
«C’est un peu troublant, mais on va aller jusqu’au bout»

«L’objectif, c’est peut-être de se faire mousser, avance Eric Diard. Mais c’est vraiment se moquer du travail des députés, même de ceux de l’UMP. Moi, on ne m’a ni appelé ni expliqué les raisons de cette décision» qu’il qualifie de très maladroite.
 
Pour Arlette Grosskost, député UMP du Haut-Rhin et vice-présidente de la mission, pas de doute, cette décision veut influencer la mission dans un certain sens alors qu’elle n’était pas «sur la même longueur d’ondes» avec le groupe estampillé UMP. Et qu’au sein de la mission, les membres n’auraient pas encore tranché sur le choix d’une «loi» ou non.
 
«C’est un peu troublant, mais on va aller jusqu’au bout», assure la députée, espérant que s’opère «au moins un ajustement de calendrier» avec un dépôt de proposition après la publication du rapport de la mission, attendu vers fin janvier. Un espoir déjà déçu puisque Jean-François Copé a affirmé que la proposition serait déposée «dans la première moitié du mois de janvier».

«On ne va pas empêcher un groupe politique de prendre une décision»

Mais cette polémique n’est qu’une posture pour Lionnel Luca, lui aussi membre de la mission parlementaire et député UMP des Alpes-Maritimes. «Depuis le début, on parle de la possibilité du dépôt d’une proposition. Le rapport apporte des préconisations, mais on ne va pas empêcher un groupe politique de prendre une décision.» Bref, la décision n’a rien de choquante, d’autant que les auditions de la mission sont finies et que le rapport est sur les rails, selon le député.
 
«On voit une posture qui se dessine: on est tous contre la burqa mais on ne veut pas faire de loi.» Une solution pratique alors que «le PS est très divisé sur le sujet, bien plus que l’UMP», explique Lionnel Luca.
 
Reste une chose. Vu l’embouteillage parlementaire, la proposition de loi, déposée en janvier, ne sera discutée a priori qu’après les régionales. Un calendrier qui questionne une nouvelle fois la précipitation de la décision des députés UMP emmené par Jean-François Copé