Loi sur la burqa: «Une question de sécurité publique»

POLITIQUE Jean-François Copé a annoncé mardi qu'une proposition de loi sur le voile intégral sera déposée en janvier...

M. N. avec agence

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La majorité UMP à l'Assemblée nationale a étouffé jeudi la fronde d'une partie de ses membres en refusant de toucher au bouclier fiscal à l'occasion de l'examen du collectif budgétaire, en pleine journée de grève et de manifestations face à la crise.
La majorité UMP à l'Assemblée nationale a étouffé jeudi la fronde d'une partie de ses membres en refusant de toucher au bouclier fiscal à l'occasion de l'examen du collectif budgétaire, en pleine journée de grève et de manifestations face à la crise. — Bertrand Guay AFP

Copé persiste et signe. Mercredi matin, le patron des députés UMP à l’Assemblée nationale a réaffirmé sur RTL que «le voile intégral n'est absolument pas une question religieuse». Selon lui, «donc ce n'est pas un problème de religion, ce n'est pas un problème d'immigration [...]. C'est un problème qui a trait à deux choses : premièrement, le respect des femmes et deuxièmement, la question de l'ordre de la sécurité publique».

Au lendemain de l'annonce du dépôt d’une proposition de loi, Jean-François Copé continue de jouer sur l’aspect «sécuritaire» d’une loi anti-burqa. Il espère ainsi réaliser un tour de passe-passe constitutionnel. Et éviter au maximum que la polémique ne gonfle dans les rangs de l’UMP.

Car, pour éviter les risques d'inconstitutionnalité en apparaissant discriminatoire, le texte ne devrait pas porter exclusivement sur une interdiction du port du voile intégral, mais l'inclurait de fait puisqu’il stipulerait qu'aucune personne, hors circonstances exceptionnelles (climat, carnaval...), ne peut se trouver dans l'espace public le visage entièrement recouvert.

Proposition «prématurée» ou «coup médiatique»?

Un voile de pudeur qui ne trompe personne. Alors que les conclusions de la mission parlementaire sur le port du voile islamique intégral — dont Jean-François Copé se félicitait pourtant l’été dernier — ne sont pas encore rendues, l’initiative des députés UMP a récolté mardi un rappel à l'ordre du président de l'Assemblée, lui aussi UMP. Et des critiques de responsables politiques.

Plaidant pour «un large consensus» sur «une telle question de société», le président de l’Assemblée Bernard Accoyer a jugée l'initiative «prématurée par rapport à la réponse» que l'Assemblée «pourrait donner à cette pratique, qu'il s'agisse d'une résolution et de la perspective de dispositions réglementaires et/ou législatives».

«Pour faire un coup médiatique (...) M. Copé a décidé, de sa propre initiative, de faire une proposition de loi. C'est faire peu de cas du travail d'une mission parlementaire et c'est se comporter de façon inélégante et hégémonique», a renchéri le député PS André Vallini.

La commission reste «légitime» sur la question

La vice-présidente du MoDem a dénoncé mardi «la précipitation incompréhensible» de Jean-François Copé. «En fait, dans un moment où les difficultés économiques et sociales s'accumulent sur nos compatriotes, c'est, une fois de plus, une manière de ne pas répondre aux attentes réelles et concrètes des français», a estimé Marielle de Sarnez, vice-présidente du MoDem.

De son côté, André Gérin, député communiste de Vénissieux (Rhône) et président de la commission parlementaire sur la burqa, s'est dit «étonné» par l'initiative de Jean-François Copé, dans une intervention sur I-Télé. Mais il a affirmé qu'il ne se laisserait pas perturber par les «turbulences mediatico-politiques». «L'Assemblée nationale a décidé de lancer une commission, elle est donc légitime», a-t-il souligné, «je vais donc continuer» de travailler.