Une molécule anti-«Binge drinking» à l'essai

SCIENCES Elle a pour objectif de réduire la dépendance à l'alcool...

C.C. avec agence

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"L'alcool est trop souvent pris par les jeunes comme un produit plaisir qu'ils ont la sensation de maîtriser", a commenté Philippe Lamoureux, directeur général de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé
"L'alcool est trop souvent pris par les jeunes comme un produit plaisir qu'ils ont la sensation de maîtriser", a commenté Philippe Lamoureux, directeur général de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé — Frank Perry AFP/Archives

Un futur médicament pour traiter les consommations excessives d'alcool? L'essai d'une molécule, baptisée «nalméfène», est mené actuellement en France dans le cadre d'une étude européenne sur les nouveaux modes de consommation excessive de boissons.

Cet essai «cible les patients qui n'ont pas encore développé une alcoolo-dépendance sévère, avec une consommation majeure quotidienne et une dépendance physique, mais qui décrivent spontanément un dérapage de leur consommation d'alcool après 3 ou 4 verres», a indiqué ce mardi l'alcoologue Philippe Batel, de l'hôpital Beaujon à Clichy (Hauts-de-Seine), responsable de l'étude en France.

Objectif de réduction de consommation d'alcool

La moitié des patients testés pour cet essai prendra le nalméfène par voie orale, un antagoniste des récepteurs opioïdes (qui provoquent l'envie de boire), et l'autre moitié un placebo. Le nalméfène «est une molécule très proche d'une molécule déjà sur le marché dans le traitement de l'alcoolo-dépendance, la naltrexone», a précisé le spécialiste.

«On est dans un objectif de réduction de la consommation, alors que jusqu'à présent il n'y avait de la place que pour l'abstinence totale et définitive», a indiqué le docteur Batel. «Cela s'adapte beaucoup mieux à la modification des modes d'alcoolisation», a-t-il estimé, rappelant qu'il y a «une tendance aujourd'hui à une alcoolisation décrite comme anglo-saxonne, concentrée sur les périodes de détente.»

«Soutien psychothérapique et approche motivationnelle»


L'essai clinique, d'une durée de six mois, associe un médicament à «un soutien psychothérapique et une approche motivationnelle», a souligné le docteur Batel. «Le critère de jugement est le fait d'avoir réduit sa consommation d'alcool», a-t-il précisé, tablant sur une réduction «entre 30 et 50%».

Pour ceux qui auraient peur de ne plus pouvoir avaler une goutte d'alcool ensuite, pas d'inquiétude: La molécule «n'a pas d'effet psychotrope, ni anxiolytique, ni antidépresseur, et ne dégoûte pas de l'envie de boire», selon le spécialiste. Seul 20% des patients présentent des effets secondaires (nausées, petites sensations de vertiges, et somnolence), mais en début de traitement.

Vous voulez essayer la molécule?

Un numéro vert permet une présélection des patients intéressés: 0805 88 99 00.

L'objectif est d'inclure 200 patients en France, dans 20 centres différents, afin d'obtenir des résultats pour 2011.