Identité nationale: pourquoi le débat dérape-t-il sur l'Islam?

SOCIETE La consultation nationale engagée par le ministre de l'Immigration portait au départ sur «ce qui fait qu'on est Français», mais au fur et à mesure de la tenue des débats, la réflexion se tourne désormais vers l'Islam et les musulmans...

Bérénice Dubuc

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Eric Besson a lancé une série de débats sur l'identité nationale dans toute la France.
Eric Besson a lancé une série de débats sur l'identité nationale dans toute la France. — HALEY / SIPA

Le 2 novembre dernier, Eric Besson lançait le débat sur l’identité nationale, voulu par Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle. Objectif inscrit sur le site Internet dédié à la question: réfléchir à «ce que signifie, en ce début de 21e siècle, “être Français”», et répondre ainsi aux «préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la burqa est l’une des illustrations».

Cette dernière phrase fait bondir Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), interrogé par 20minutes.fr: «”Certains communautarismes”? Lesquels? Qu’on les nomme! On en note plusieurs, mais on donne un seul exemple, celui de la burqua. Cela fausse le débat et stigmatise de façon tout à fait imprudente l’Islam.» Jean-Yves Camus considère que le «glissement» de l’identité nationale française à l’Islam résulte d’importants non-dits dans les présupposés du débat. «La question de comment s’intègrent les étrangers en France nécessite d’être d’accord sur le modèle identitaire des Français qui ne sont pas d’origine immigrée», indique-t-il. «Et pas seulement énoncer ce qui n’est pas ou ce qui est insusceptible de devenir Français.»

Dérapages verbaux


Or, le cœur de notre identité nationale, invoqué à de nombreuses reprises lors du débat à l’Assemblée Nationale de mardi dernier, ce sont les valeurs fondamentales républicaines (liberté, égalité, fraternité), mais elles n’ont pas de valeur excluante. Et Jean-Yves Camus de marteler: «Il faut que le gouvernement ait le courage - ou l’inconscience - politique de le dire clairement s’il pense que l’Islam va à l’encontre des valeurs de notre pays. Tout le monde sent bien que c’est la question qui sous-tend le débat actuel. La preuve: les dérapages verbaux qui émaillent les discussions» sur l’identité nationale.

En effet, depuis le lancement des consultations, plusieurs «dérapages» ont eu lieu. Ainsi, le maire UMP de Gussainville, André Valentin, qui lâche devant les caméras de France 2: «Il est temps qu'on réagisse, on va se faire bouffer». «Par qui?» lui demande le journaliste. «Il y en a déjà dix millions. Dix millions que l'on paye à rien foutre» répond-il, faisant allusion à la population d’origine étrangère. Et lundi soir, les paroles de la secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano, qui veut que le jeune musulman français «ne parle pas verlan, ne mette pas sa casquette à l’envers», ont également choqué. Tout comme le lieu même choisi pour le débat, Charmes dans les Vosges, ville natale de Maurice Barrès, l’un des grands penseurs de la droite nationaliste française.

On doit poser les principes auxquels doivent se conformer tous les immigrés, pas seulement les musulmans

Loin de balayer la nécessité du débat sur l’identité nationale, Jean-Yves Camus explique qu’il est légitime qu’un pays se pose la question des valeurs de base nécessaires pour y vivre et pour en devenir citoyen. «Mais en France, il n’y a pas qu’une immigration musulmane. Si on fait un débat sur l’identité nationale, on doit poser les principes auxquels doivent se conformer tous les immigrés, y compris les Américains ou encore les asiatiques qui viennent s’installer en France.»

Et de noter qu’on rouvre ici un débat qui avait été réglé depuis longtemps, puisque «le premier ministre d’origine africaine à entrer au gouvernement s’appelait Blaise Diagne, en 1914».

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