Fusillades: 5.000 individus peuvent potentiellement passer à l’acte

FAITS DIVERS Une nébuleuse qui inquiète les spécialistes...

M. N.

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La police scientifique examine la scène d'une fusillade mortelle, rue Ambroise Paré, dans le Xe arrondissement de Paris, le 20 novembre 2009.
La police scientifique examine la scène d'une fusillade mortelle, rue Ambroise Paré, dans le Xe arrondissement de Paris, le 20 novembre 2009. — Julien Ménielle / 20minutes.fr

Le phénomène n’est pas nouveau en France mais prend des dimensions inquiétantes. Dimanche, un adolescent a été tué à Lyon et mardi une femme a été blessée à Orly tandis qu’un adolescent était pris pour cible devant son lycée, tous victimes de fusillades. Fin novembre, un autre échange de tirs avait eu en plein Paris, faisant deux victimes.  
 
Pour Cyril Rizk, responsable des statistiques à l’Observatoire National de la Délinquance, ils sont l’illustration de la convergence de deux tendances: «l’augmentation de la violence au quotidien et la hausse de l’utilisation des armes à feu».  
 
Sur les douze derniers mois, le nombre d’infractions pour port d’armes non autorisé a augmenté de 8,3% par rapport à la même période l’année dernière (32.410 cas contre 29.932) et les violences d’appropriation, avec armes à feu, ont augmenté de 21,8%. Dans le même temps, les violences physiques non crapuleuses sont en hausse de 3,7%, avec plus de 240.000 dénonciations en 2009.
 
Des «raisons dérisoires»

Si aucun chiffre précis sur le phénomène des fusillades n’est disponible, «depuis 1996, il y a une hausse constante de la violence pour résoudre des problèmes du quotidien, une querelle entre proches, un conflit lié à la circulation», affirme Cyril Rizk. Et si la violence physique n’implique pas forcément à l’usage d’armes, ce spécialiste appuie sur les «raisons dérisoires» du passage à l’acte. «Exactement comme dans le cas de Lyon».
 
«Il y a depuis une vingtaine d’années le développement des bandes adolescentes. Au début, c’était anodin. Mais depuis quatre ou cinq ans, une petite minorité a plongé dans le crime organisé», affirme Xavier Raufer, professeur à l’Institut de criminologie de Paris. Leurs activités sont largement liées au trafic de drogue et à la protection de la zone de vente, notamment grâce aux armes qu’ils utilisent sans aucun scrupule.

«Brutaux en deux secondes»

«Ils deviennent brutaux en deux secondes. Quand on a mal regardé leur petite sœur, ils sont capables d’aller chercher une fusil d’assaut», illustre-t-il. Des armes facilement accessibles au marché noir, pour des prix assez limités, environ mille euros pour une kalachnikov, selon une étude du chercheur.
 
«A la différence du grand banditisme, les bandes ont un passage à l’acte plus immédiat, sans vraiment prévoir les conséquences», explique Jean-Jacques Colombi, commissaire divisionnaire, chef de la brigade nationale de répression du banditisme et des trafics. Comme dans les fusillades de Lyon ou d’Orly, où des personnes extérieures au conflit ont été touchées.
 
Des situations qui peuvent se reproduire? Potentiellement, oui. En France, selon les chiffres Xavier Raufer,  environ 5.000 individus, qui s’agrègent en bandes plus ou moins définies, seraient susceptibles de passer à l’acte