Dounia Bouzar - «Le voile intégral est une création moderne, pas un archaïsme»

INTERVIEW Dounia Bouzar, anthropologue spécialiste de l'islam, est auditionnée par la mission d'enquête...

Vincent Vantighem

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Dans votre ouvrage*, vous comparez les «femmes portant la burqa à des adeptes d'une secte»...
Dounia Bouzar: Oui, car contrairement aux idées reçues, le voile intégral n'est pas un phénomène archaïque. L'islam existe depuis quatorze siècles. Mais la burqa (pour reprendre le terme du débat public) n'a été revendiquée qu'il y a quatre-vingts ans par des extrémistes. C'est une production moderne d'une religion qui existait bien avant.

En quoi cela en fait-il un mouvement sectaire?
Ses adeptes pensent qu'ils sont les meilleurs musulmans. Que les autres n'ont rien compris. Notamment que le Coran ne parle pas de voile, mais bien d'un drap cachant tout le corps. Si un groupe chrétien disait en France : « Vous n'avez rien compris à la Bible, il faut mettre un drap vert sur la tête », on ne le laisserait pas faire !

Le débat actuel est donc dû à l'ignorance des pouvoirs publics?
C'est pire que ça. On est sans cesse dans l'amalgame entre musulmans et intégristes. Ça donne du pouvoir aux prédicateurs qui imposent le voile intégral, car cela valide le fait que ce sont des musulmans. Et puis, on ne voit que la partie féminine du problème! Or, c'est un souci masculin. Et les hommes favorables au voile intégral sont bien plus nombreux que les femmes pointées du doigt.

Mais les responsables musulmans ne le dénoncent pas...
Parce qu'ils sont pris à leur propre piège. Dénoncer le voile intégral revient à critiquer l'islam. Et ils ne veulent pas être dans cette critique.

Faut-il une loi pour autant?
Oui, mais pas une loi qui parle de religion ou de laïcité. Juste une loi qui explique que le visage doit être visible. Sans burqa, sans cagoule, sans casserole...

*La République ou la burqa (Albin Michel, à paraître le 7 janvier).