Loi ou pas loi contre le port de la burqa ?

SOCIETE Trois ministres sont auditionnés aujourd'hui par la mission d'enquête parlementaire...

Laure de Charette

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Les femmes portant le voile intégral (ici, un niqab) seraient environ deux mille en France.
Les femmes portant le voile intégral (ici, un niqab) seraient environ deux mille en France. — I. SIMON / SIPA

Verra-t-on un jour des policiers courir après une femme en burqa pour lui coller un PV? Peut-être bien. Trois des principaux ministres du gouvernement, Brice Hortefeux (Intérieur), Xavier Darcos (Relations sociales, Famille et Ville) et Eric Besson (Immigration et Identité nationale) vont devoir se prononcer aujourd'hui devant les députés sur le port du voile intégral, au dernier jour des auditions menées par la mission d'information, chargée de rendre ses recommandations fin janvier.

La burqa, vêtement traditionnel des tribus pachtounes d'Afghanistan, recouvre entièrement la femme en dissimulant ses yeux derrière un grillage, tandis que le niqab, surtout porté au Moyen-Orient, notamment en Arabie saoudite, est un drap noir complété par une étoffe placée devant le visage qui ne laisse apparaître qu'une fente pour les yeux.

Des difficultés d'application

Plusieurs ténors de la majorité - notamment le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé, et le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel - se sont clairement prononcés en faveur d'une loi interdisant le port du voile intégral. En juin dernier, lors d'un déjeuner avec des journalistes, Eric Besson confiait, lui, ses réticences à légiférer: «Même si la burqa m'est insupportable, je crains que la loi ne soit pas le meilleur instrument. Cela n'aidera pas ces femmes, qui risquent de ne plus sortir de chez elles.»

C'était quelques jours avant que le président de la République s'invite dans le débat, lors de son discours devant le Congrès à Versailles: «Le problème de la burqa n'est pas un problème religieux, c'est un problème de liberté, de dignité de la femme, avait déclaré Nicolas Sarkozy. Je veux le dire solennellement, [la burqa] ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République.»

Liberté de culte?

Mais une éventuelle loi buterait sur plusieurs écueils: d'abord, seules deux mille musulmanes seraient concernées, selon les dernières enquêtes du ministère de l'Intérieur. Beaucoup de bruit pour rien, donc. Ensuite, comment interdire à une femme majeure et officiellement consentante de porter le vêtement de son choix, dans une démocratie qui garantit la liberté d'expression et de culte? Sans compter les inévitables difficultés d'application d'un tel texte, sur la voie publique notamment.

A l'heure actuelle, la loi du 15 mars 2004 encadre, en vertu du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. En juin 2008, un arrêt du Conseil d'Etat a confirmé le refus de la nationalité française à une Marocaine qui portait la burqa, au motif qu'elle avait adopté «une pratique radicale de la religion incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française». Parmi ces valeurs, l'égalité des sexes. L'emportera-t-elle sur la liberté?

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