Stéphane Sirot: «Il n'y a plus de périodes propices aux grèves»

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Manifestation à Marseille dans le cadre de la journée pour le travail décent, le 7 octobre 2009.
Manifestation à Marseille dans le cadre de la journée pour le travail décent, le 7 octobre 2009. — TSCHAEN/SIPA
La fin de l’année est-elle un moment propice aux mouvements sociaux?

Cela dépend des secteurs. Dans les transports, ce sont des périodes où l’on met en place des changements de service, ce qui peut engendrer des tensions. Mais en ce moment, le mécontentement est présent dans tous les secteurs. Les conflits actuels se placent dans la lignée d’un mouvement qui dure depuis plus d’un an pour la plupart.
 
C’est donc le hasard qui fait que les mobilisations se déroulent toutes au même moment?

Oui, mais en même temps, les sujets de conflits sont assez convergents. Dans le privé, on s’inquiète des licenciements et, dans le public, des conséquences des réductions d’effectifs. Dans les deux secteurs, c’est donc l’emploi qui est en jeu et les revendications se recoupent. De manière générale, il n’y a plus vraiment de périodes propices ou non aux mouvements sociaux, cela dépend désormais du contexte. On constate que les rentrées sociales et autres tendances saisonnières ont aujourd’hui disparu.
 
Ces mouvements sociaux s’influencent-ils les uns les autres?

Il y a en effet une capacité d’influence, notamment dans les pratiques utilisées, en fonction des résultats obtenus. Dans le privé, on a constaté ces derniers mois des tendances à la reproduction de certains coups de force, les séquestrations par exemple. Cela a parfois été le seul moyen trouvé par les grévistes pour se faire entendre. Ce sont la dureté de la crise et le sentiment d’injustice qui ont radicalisé ces conflits.
 
Peut-on imaginer un début d’année 2010 similaire à celui de l’an passé?


Non, je ne pense pas qu’il y ait de réédition des grandes manifestations de début 2009 car il est difficile de remettre en mouvement de ce genre d’évènements avec une telle régularité. De plus, les grands syndicats ne le souhaitent pas, préférant éviter le bras de fer avec un gouvernement qui se montre plutôt inflexible. En revanche, si le sujet des retraites revenaient sur le devant de la scène, cela pourrait sans doute enclencher un mouvement de grande ampleur.
 
Comment les mouvements sociaux actuels vont-ils alors évoluer?

Il y aura certainement une poursuite des mouvements localisés car le mécontentement existe bien. S’ils continuaient à se multiplier, cela pourrait mettre le gouvernement dans la difficulté, mais l’histoire nous enseigne que seuls les grands mouvements nationaux peuvent faire plier une politique nationale.