Présenté aujourd'hui à l'Assemblée, un rapport attise la colère des sapeurs-pompiers

Maud Noyon

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Quatre personnes, un couple, un nourrisson et une femme enceinte, ont trouvé la mort et deux adultes ont été grièvement blessés dans un incendie a priori d'origine accidentelle ayant ravagé dans la nuit de mardi à mercredi un immeuble à Pantin (Seine-Saint-Denis).
Quatre personnes, un couple, un nourrisson et une femme enceinte, ont trouvé la mort et deux adultes ont été grièvement blessés dans un incendie a priori d'origine accidentelle ayant ravagé dans la nuit de mardi à mercredi un immeuble à Pantin (Seine-Saint-Denis). — P. Burner AFP/BSPP

Trop cher, les pompiers? C’est ce que dénonce un rapport discuté aujourd’hui à l’Assemblée Nationale. Explosion des coûts (+de 245% en 10 ans), 10.000 pompiers supplémentaires en France depuis 1997, de nombreuses opérations de «confort»: le rapport, présenté par le député du Var UMP Georges Ginesta, n’y va pas de main morte avec une profession plébiscitée par les Français.



Pas du tout du goût des pompiers et de leurs syndicats, qui pointent des chiffres «trompeurs».

«On parle d’une augmentation de 245% du budget des SDIS (services départementaux d’incendie et de secours), explique à 20minutes.fr Richard Vignon, président de la fédération nationale des sapeurs pompiers. Mais c’est normal, puisqu’ils ont récupéré la gestion des financières des pompiers il y a 10 ans. Avant, c’était du ressort des communes».

Pour sauver les gens, «il faut des moyens modernes»

Une simple histoire de transfert de compétences? Pas seulement. Richard Vignon assume une hausse des coûts constante, qu’il évalue de 4 à 5% par an. «Mais c’est en rapport avec l’augmentation des interventions, le passage au 35h et aux investissements pour suivre évolutions technologiques. Pour pouvoir désincarcérer des gens de véhicules modernes, pour intervenir dans des maisons de plus en plus sophistiquées, il faut aussi qu’on ait des moyens modernes.»

 

Et si les syndicats se disent prêts à «faire des efforts», «ce ne sont pas les pompiers qui votent les budgets, mais les élus. C’est dur de faire peser tout ça sur nous », s’indigne Patrice Beunard, président du syndicat des Sapeurs pompiers Professionnels.

Pompiers volontaires démobilisés

Pour lui, les attaques contre la profession vont surtout avoir une influence néfaste sur les pompiers volontaires, qui représentent 80% des effectifs avec 200.000 personnes. Mais qui sont de plus en plus découragés. «On leur demande une formation aussi exigeante que les professionnels, ils récupèrent souvent les gardes du week-end et du soir et ils sont payés entre huit et une dizaine d’euros l’heure. Mais c’est grâce à eux qu’on peut avoir une bonne couverture du territoire.»

Avec la réorganisation de temps de travail préconisée par le député Ginesta, qui selon les syndicats représenteraient un tiers de pompiers professionnels en moins dans les casernes, ce sont ces volontaires qui en pâtiraient. Ce qui ne ferait qu’amplifier leur lassitude.

80 euros par an et par habitant

«On regarde toujours la ligne budgétaire, mais jamais ce qu’on apporte à la population. D’accord, on coûte quatre milliards par an, mais cela ne représente que 80 euros par an et par habitant pour quatre millions d’interventions, soit une toutes les 8 secondes,» explique Patrice Beunard.

«On nous accuse de missions de confort, mais finalement les ouvertures de porte par exemple ne représentent que 8.000 opérations par an contre 312.000 pour incendies, 270.000 pour des secours aux personnes et 3.500 pour des accidents de la route.»

 

Et vous qu’en pensez-vous? Avez-vous fait appel aux pompiers cette année?