La pharmacie gagnée par le trafic

SANTÉ ruxelles s’inquiète de la multiplication de médicaments contrefaits...

Charlotte Mannevy et Christophe Joly

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Le Viagra, les antalgiques et les anticancéreux sont les premières cibles des faussaires.
Le Viagra, les antalgiques et les anticancéreux sont les premières cibles des faussaires. — HADJ / SIPA

La saisie a dépassé les pires craintes de l'Union européenne: pas moins de 32 millions de faux comprimés ont été confisqués en deux mois à peine, lors d'une vaste opération lancée par les douanes de plusieurs pays européens. Un constat jugé alarmant par le commissaire à l'Industrie, Günter Verheugen, qui parle de «risque d'hécatombe». Le plus souvent, ces fausses pilules - principalement du faux Viagra, des antidouleur mais aussi des médicaments contre le cancer - ne contiennent rien, ou un principe actif diminué.

Parfois, «on y retrouve des amphétamines, de la poussière de brique, de l'encre d'imprimante», souligne François Garnier, directeur juridique Europe du laboratoire Pfizer. Mais pour le patient, le risque est avant tout de ne pas se soigner. Si le problème n'est pas nouveau, il est en constante augmentation depuis dix ans. Ainsi selon l'OMS, cette contrebande, rentable et bien moins dangereuse que le trafic de drogue, a augmenté de 20% entre 2006 et 2007. Les faux médicaments représenteraient environ 10% des produits de santé en circulation dans le monde, soit une manne financière de 56 milliards d'euros.

Mais l'Hexagone reste relativement épargné: «Il n'y a pas de médicaments contrefaits dans les officines, affirme Philippe Lamoureux, directeur du syndicat pharmaceutique Les Entreprises du médicament [Leem]. En France, nous avons su préserver le système de distribution et les médicaments sont assez bien remboursés. Les patients ne sont donc pas tentés par les réseaux parallèles. Par contre, ce qui nous inquiète aujourd'hui, c'est le développement de la vente sur Internet.»