le licenciement pèse sur les juges

Vincent Vantighem

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Quand Anne Caron-Déglise prend ­rendez-vous, elle sort désormais son agenda 2011. Il n'y a déjà plus de place en 2010. Depuis son bureau de la cour d'appel de Paris, cette juge d'instance a pu prendre la mesure de la crise. « Les affaires traitées par les conseils de prud'hommes augmentent, raconte- t-elle. Or, cela fait cinq ans qu'elles étaient stables. »

Réunis aujourd'hui et demain lors d'un colloque « La justice face à la crise », les magistrats devraient réclamer des moyens supplémentaires à la Chancellerie. Et ils ne manquent pas ­d'arguments. Entre 2007 et 2008, le nombre de nouveaux litiges en droit du travail avait déjà augmenté de 4,6 % en France pour ­atteindre le chiffre record de 202 000. L'année 2009 devrait confirmer cette tendance. « On remarque une hausse du nombre de licenciements pour faute grave. Les raisons invoquées sont ­souvent des insuffisances professionnelles ou de résultats », lâche la magistrate.

Idem pour l'inaptitude au travail. Dépendante auparavant de motifs physiques, elle est de plus en plus souvent réclamée pour des motifs psychologiques. « Ça touche les cadres, poursuit Anne Caron-Déglise. Il y a de plus en plus de pression... » Et de plus en plus d'embouteillages dans les files d'attente des conseils de prud'hommes. En effet, une procédure prend en moyenne entre 15 et 24 mois, auxquels il faut désormais ajouter 18 mois si l'un des plaignants fait appel de la décision. « Et c'est le cas dans 60 % des procédures, déplore la magistrate. On manque cruellement de juges dans les chambres sociales. » Annoncée en clôture du colloque demain, Michèle Alliot-Marie est prévenue. W