Greenpeace à l'Assemblée ou l'échec d'une opération coup de poing

DECRYPTAGE L'organisation militante a fait parler d'elle mercredi en investissant l'hémicycle du Palais Bourbon. Une action qui n'aura pas servi à grand chose...

Maud Descamps

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 Des militants de Greenpeace France ont envahi l'Assemblée nationale le 2 décembre 2009.
 Des militants de Greenpeace France ont envahi l'Assemblée nationale le 2 décembre 2009. — CHESNOT/SIPA

C'est un coup de malchance. Alors que l'organisation voulait mener une opération coup de poing à l'Assemblée nationale mercredi, une alerte à la bombe est venue entacher l'intervention des militants écologistes. Depuis, Greenpeace ne cesse de faire des «mises au point» à coup de communiqués de presse, histoire de sauver les pots cassés. L'association semble s'être mis à dos une partie des parlementaires et ne pas avoir vraiment fait avancer le débat sur le climat.
 
Un hasard ou malveillance?

Dès l'annonce de l'alerte à la bombe, l'association a tenu à démentir tout lien avec son action de mercredi après-midi. «Nous sommes une organisation non-violente. Nous avons été tout aussi surpris que vous en entendant cette information», explique Adélaïde Colin, responsable de la communication chez Greenpeace France, contactée par 20minutes.fr. «Très vite nous avons vu des médias faire le rapprochement entre ces deux événements et nous avons décidé de réagir en envoyant un communiqué», souligne-t-elle.
 
Aucun lien n'a, en effet, été fait entre ces deux événements venus bousculer la séance. Mais jeudi matin, encore, Greenpeace a tenu à redire qu'elle n'avait aucune responsabilité dans cette affaire. «Greenpeace n’a rien avoir avec ce dernier incident. L’association et ses militants revendiquent toutes les actions qu’ils mènent», explique Adélaïde Colin, soulignant que «la seule bombe qui ait jamais marqué l’histoire de Greenpeace est celle que le gouvernement français a utilisée en juillet 1985 pour faire sauter le Rainbow Warrior».
 
Les députés se sentent abusés…

Mais l'évacuation de l'Assemblée n'a pas fait oublier les méthodes employées par Greenpeace. Et les députés ne sont pas contents. Ils se disent même «abusés». Pour pouvoir pénétrer dans l'hémicycle mercredi, les militants de l'organisation se sont tournés vers leur parlementaire pour obtenir une invitation à l'Assemblée nationale. Une démarche que peut faire tout citoyen. Mais s'ils n'ont pas «usurpé d'identité», comme le rappelle Greenpeace dans son communiqué, les militants se sont néanmoins bien gardés de donner la véritable raison de leur venue au Palais Bourbon.
 
Un manque de transparence que les députés digèrent mal. «Le règlement de l’Assemblée nationale prévoit que la présence du public dans l’hémicycle se fait sur invitation des députés (...) Il est de tradition que les députés de chaque groupe répondent favorablement aux demandes», ont souligné trois députés PS dans un communiqué. «Il leur est évidemment impossible de vérifier l’identité et les motivations de chaque demande, sauf à se transformer en enquêteurs ce qui n’est pas dans leur mission», ont-ils ajouté.
 
Beaucoup de bruit pour rien…

Si l'alerte à la bombe a, tout compte fait, permis de faire parler par ricochet l'action de Greenpeace, la colère des députés, elle, a totalement effacé les motifs même de l'intervention des militants: le sommet de Copenhague. «En intervenant à l’Assemblée nationale, au cœur de la démocratie, Greenpeace a voulu pousser les élus, et en particulier le premier d’entre eux, le président de la République, à passer à l’action», déclare Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. Mais pour le moment les seules décisions prises concernent le renforcement «des procédures de contrôle et de sécurisation», à l'Assemblée, annoncées par Bernard Accoyer.
 
 
>> Et vous, qu'en pensez-vous? Pensez-vous que l'action menée par Greenpeace puisse avoir un effet sur les actions de la France à Copenhague?