Dalo: «Nous sommes obligés de manger dehors, parce que nous n'avons pas le droit de cuisiner dans les chambres»

TEMOIGNAGE Khadra, 51 ans, vit à l'hôtel depuis le mois de septembre avec ses deux enfants...

Maud Descamps

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Des milliers de personnes attendent d'être relogées dans le cadre de la loi Dalo.
Des milliers de personnes attendent d'être relogées dans le cadre de la loi Dalo. — ALIX WILLIAM/SIPA

Depuis le 1er décembre 2008, les personnes dont la situation est jugée «urgente» et «prioritaire» par une commission peuvent saisir un tribunal pour faire valoir leur droit au logement opposable (Dalo). Mais porter l’affaire en justice ne résout pas tout. Les familles attendent souvent des mois avant de trouver un logement.

Lorsqu'elle a dû quitter son logement au mois de mai dernier, Khadra s'attendait à ce qu'on lui retrouve rapidement un logement. Le tribunal administratif  avait fixé le délai à deux mois. Six mois plus tard, c'est dans une chambre d'hôtel du 18e arrondissement de Paris que Khadra élève sa fille de 19 ans et son fils de 9 ans.
 
Deux chambres, mais pas de cuisine

«Au début, je suis allée chez des amis qui ont accepté de m'héberger», explique Khadra à 20minutes.fr, «puis je suis allée voir une assistante sociale pour trouver une solution», explique-t-elle. La solution: une liste de numéros de téléphones d'hôtels. «Je les ai appelés et j'en ai trouvé un dans le 18e arrondissement, confie Khadra, le 18e c'est mon quartier. Quand je suis venue d'Algérie, dans ma jeunesse, je suis arrivée directement à Barbès et je n'en ai plus bougé. Ici c'est chez moi, je connais tout le monde».
 
Même si elle aime le quartier, Khadra refuse d’y vivre dans ces conditions. Deux chambres, mais pas de cuisine, au cinquième étage d'un immeuble sans ascenseur. «Nous sommes obligés de manger dehors, parce que nous n'avons pas le droit de cuisiner dans les chambres.  Alors on mange froid», explique la maman. «Parfois, je suis tellement à bout que ce n'est qu'en regardant mes deux enfants que je me dis qu'il faut que je me ressaisisse».
 
«Je ne veux pas élever mes enfants dans une cité»

C'est en 1999 que Khadra a fait sa première demande d'habitation à loyer modéré. Une demande à laquelle elle n'a toujours pas eu de réponse. «On m'a proposé un logement en banlieue, mais moi je ne veux pas élever mes enfants dans une cité. J'ai peur d'aller là-bas», explique-t-elle, avant d'ajouter que «c'est déjà assez dur d'élever seule deux enfants, alors si en plus c'est pour avoir peur quand on rentre chez soi…».
 
Avec ses 500 euros de revenus mensuels, Khadra ne peut pas payer la facture de 2850 euros que lui présente l'hôtel chaque mois. Pour le moment c'est l'aide sociale à l'enfance qui l'aide à régler son loyer. «Je dépense 20 euros par jour pour mes enfants, pour qu'ils mangent le midi et pour leurs transports, explique Khadra, alors il ne reste rien à la fin du mois.»