Sida: «proposer une alternative aux tests pratiqués dans les labos»

SANTE C'est une des actions menées par l'association Aides pour lutter contre le sida...

Vincent Vantighem

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Une goutte de sang et une demi-heure. C'est tout ce qu'il a fallu à Yves pour s'assurer qu'il était séronégatif. «Avant, avec les tests classiques, j'attendais les résultats pendant deux ou trois jours avec la boule au ventre...» Comme 350 personnes, ce Nordiste a expérimenté le test de dépistage rapide du sida.

Lancée en février à Paris, Montpellier, Bordeaux et Lille, cette technique ne vise pas qu'à gagner du temps, selon l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS). «Le but est surtout de multiplier les offres de dépistage, explique Yazdan Yazdanpanah, le professeur spécialiste des maladies infectieuses qui chapeaute le projet. De proposer une alternative aux tests classiques pratiqués dans les laboratoires médicaux.»

«Certaines personnes ont peur du jugement»

Car les tests rapides sont pratiqués depuis février dans les locaux de l'association Aides par du personnel non médical. «La blouse blanche ne convient pas à tout le monde. Certaines personnes ont peur du jugement quand ils ont recours au dépistage cinq à six fois par an...», raconte Cyril Martin, coordinateur pour Aides.

«J'habite dans une petite ville. Je travaille juste à côté. Dans un labo, on se demande toujours si le toubib va respecter le secret médical, confirme Yves. Dans les locaux d'Aides, je sais qu'il n'y aura pas de problème, pas de regard de travers.» L'étude est en effet centrée sur un public type. Elle ne concerne que les hommes ayant eu des relations homosexuelles. «On peut parler de fellation sans capote avec eux sans que ça pose problème», relate Christophe Fourmeau, délégué d'Aides sur la réduction des risques.

35 % des séropositifs dépistés trop tard

Formé spécialement pour cette expérimentation, Christophe s'occupe donc de tout lors du dépistage. Sauf de la petite piqûre au bout du doigt. «C'est la personne dépistée qui se la fait elle-même, confie-t-il. Je n'ai pas de diplôme de médecin. Cela pourrait être considéré comme un acte de torture...» Une fois extraite, la goutte de sang passe dans un petit boîtier. Si une petite bande bleue apparaît une demi-heure plus tard, le test est positif. «Il ne reste plus qu'à confirmer le résultat par un test classique, poursuit Christophe. Et qu'à épauler la personne...»

«Ce genre de test communautaire libère vraiment la parole. C'est essentiel, analyse le professeur Yazdanpanah. Près de 35% des séropositifs en France sont dépistés trop tard. Si cela pousse les gens à faire des tests plus rapidement, il faudra généraliser ce protocole. » Les résultats de cette étude seront connus en juin prochain.