«En dehors de la fac, je suis un sans-papiers»

UNIVERSITE Les sans-papiers sont aussi étudiants...

Laure de Charette

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Ils seraient entre mille et deux mille a n'avoir pour seuls papiers que leur carte d'étudiant, selon l'Unef. Heureusement pour Soufiane, elle a toujours suffi lors des contrôles de police. Cet Algérien âgé de 26 ans est inscrit en master 1 d'audiovisuel à l'université Paris-I, après avoir passé avec succès sa licence l'an dernier. «Je suis entré en France il y a deux ans, avec un visa court séjour. Etudier dans le pays fondateur des droits de l'homme, recevoir une formation bien comme il faut, c'était mon rêve», explique le jeune sorbonnard.

Menacés d’expulsion dès la sortie du campus

Seulement, il attend toujours de se faire régulariser, alors que son dossier scolaire a été accepté à la rentrée par cinq universités françaises. «Je fais preuve de persévérance, je suis assidu. Mais je me sens coupable. En dehors de la fac, je suis un sans-papiers.» Le syndicat étudiant lance aujourd'hui une campagne de sensibilisation au slogan limpide «Une carte d'étudiant = une carte de séjour». Et appelle entre autres à la régularisation de ces diplômés étrangers qui «travaillent, progressent et s'investissent pleinement dans leurs études». Une proposition rejetée sans détour hier par Eric Besson. Le ministre de l'Immigration a toutefois rappelé que le nombre d'étudiants étrangers accueillis légalement en France a augmenté de 80% ces dix dernières années.

Parmi les étudiants menacés d'expulsion dès la sortie du campus, des jeunes bacheliers entrés mineurs sur le territoire français, des déboutés de leur demande de visa étudiant comme Sofiane, ainsi que des recalés au renouvellement du titre de séjour.

A ses copains de fac, Sofiane n'a jamais dit la vérité. «J'ai trop peur de leur regard. Je préfère dire que je distribue les journaux pour payer mes études, plutôt que d'avouer que je bosse au black dans le bâtiment.» Logé chez un particulier, il ne bénéficie d'aucune aide, et peine même à s'acheter le matériel nécessaire à ses études. Mais il s'accroche, et rêve déjà de se lancer dans une thèse. «Avant de repartir au pays.»