Comment agir en amont contre les violences faites aux femmes?

SOCIETE Le regard de la société sur les femmes pourra changer, à force d'éducation dès le plus jeune âge à la parité, et de sensibilisation du public...

Bérénice Dubuc

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L'une des affiches de la campagne "Les hommes contre les violences faites aux femmes", diffusée par le conseil régional de Seine-Saint-Denis en novembre 2009.
L'une des affiches de la campagne "Les hommes contre les violences faites aux femmes", diffusée par le conseil régional de Seine-Saint-Denis en novembre 2009. — no credit

Le gouvernement a annoncé ce mercredi toute une série de mesures pour lutter contre les violences faites aux femmes. Cependant, entre la création de plusieurs délits, comme celui reconnaissant la violence psychologique, et l’expérimentation de la surveillance des auteurs de violences par bracelet électronique, toutes les mesures annoncées concernent «l’après». Quelles sont les choses à faire pour agir sur le comportement d’un homme violent avant que les choses ne dérapent?

Guy Geoffroy, député UMP de Seine-et-Marne et rapporteur de la mission d’évaluation de la lutte contre les violences conjugales, indique que le projet de loi, déposé ce mercredi, «marie de façon indissociable prévention, protection et répression». «Il ne faut pas croire que la prévention va tout régler, l’arsenal législatif dissuade aussi», continue-t-il. Ainsi, en Espagne, la mise en place de 49 bracelets électroniques a permis de faire baisser de 30% le nombre de femmes décédées sous les coups de leur conjoint. Le député précise que la proposition de loi «contient un article pour que certaines professions en rapport avec les enfants ou avec les victimes aient une véritable sensibilisation à la relation homme-femme dès le plus jeune âge, à la parité…»

Dès le plus jeune âge, éduquer au respect et à la parité


Pour Françoise Brié, vice-présidente de la fédération Solidarité femmes, «c’est une question générale de société qu’il faut se poser.» Elle constate qu’un homme violent s’attache à des stéréotypes sur le «sexe faible» pour justifier son acte («elle m’appartient», «elle a moins de droits que moi»…). L’objectif est donc d’éduquer dès le plus jeune âge pour changer les modèles rigides de féminité et de virilité. «C’est à travers les échanges et le respect de l’autre qu’on fera reculer les violences. C’est pourquoi plus de la moitié des associations de la fédération s’occupe de prévention dans les établissements scolaires.» Par des discussions, des jeux de rôles, des études de textes, elles s’attèlent à faire changer le regard de la société de demain sur les femmes.

Monique Grande, consultante en relations humaines et fondatrice de «L’école des femmes et des relations» à Grenoble, approuve: «La relation entre hommes et femmes, entre garçons et filles, doit être enseignée à l’école.» Selon elle, colère et violence font partie de chacun d’entre nous, «mais il faut donner les moyens de d’apprendre à la contenir, et à ne pas la tourner contre l’autre».

Campagnes de sensibilisation


En amont, il y a également les campagnes de communication pour agir en la matière. Ces dernières n’agissent pas sur les auteurs de violences, mais ont «surtout de l’effet sur les femmes victimes pour qu’elles en parlent, et pour sensibiliser le public, de façon à ce que l’entourage soit prêt à entendre ce genre de choses», indique Françoise Brié.

Les hommes ne se reconnaissent pas forcément, mais de nouveaux types de campagnes apparaissent, comme celle du Conseil Régional de Seine-Saint-Denis, où des hommes parlent aux hommes. «Elle leur permet de partager et de communiquer, ce qui est une bonne chose, car la violence c’est ne pas pouvoir dire les choses avec des mots, donc de les exprimer en frappant», rappelle Monique Grande.

Car, «s’il y a des facteurs aggravants (comme avoir été battu ou avoir vu son père battre sa mère dans son enfance par exemple), il n’y a pas de profil-type des auteurs de violences sur les femmes» note Françoise Brié. Impossible donc de prévoir quel garçon deviendra un homme violent. Seuls conseils aux parents concernant l’éducation, «inculquer l’égalité des droits et le respect de l’autre sexe à son fils, et surveiller la façon dont on éduque sa fille», qu’elle ne soit pas élevée pour être au service des autres, qu’elle sache dire «non».