Racisme ordinaire: «La parole s'est décomplexée au plus haut niveau de l'Etat»

INTERVIEW Didier Lapeyronnie, sociologue spécialiste des discriminations, revient sur les récents dérapages verbaux des politiques...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Brice Hortefeux puis Jacques Chirac... Assiste-t-on à une banalisation des propos à caractère raciste, qui sont proférés alors même qu'une caméra est en train de tourner?

Il est vrai que la parole s'est libérée au plus haut sommet de l'Etat. Le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, dans lequel le chef de l'Etat a tenu des propos invraisemblables, en est la plus parfaite illustration. Mais il n'est pas le seul. Récemment, une responsable UMP a déclaré que Rama Yade ferait «couleur locale» dans le Val-d'Oise. Et puis, il n'y a qu'à regarder le questionnaire qui accompagne le débat sur l'identité nationale, remplis de poncifs xénophobes. Quant à Brice Hortefeux, s'il avait été ministre en Grande-Bretagne, il aurait immédiatement démissionné.

Comment expliquez-vous ce phénomène?

On a assisté à un tournant dans l'expression directe des préjugés racistes à partir de 2000-2002. C'est une période qui correspond à plusieurs événements, dont les attentats du 11 septembre 2001 mais aussi un repli de la conjoncture économique. On sort des années fastes et petit à petit la société française se ferme. L'atmosphère du pays en 1998 et en 2009, ce n'est pas la même. Entre temps, il y a la percée du Front national à l'élection présidentielle de 2002, le «non» au référendum pour la Constitution européenne en 2005 et une campagne présidentielle axée sur la sécurité en 2007. Il ne faut pas oublier que le candidat qui a remporté l'élection, Nicolas Sarkozy, avait connu trois semaines d'émeutes en tant que ministre de l'Intérieur.

La société française est-elle devenue raciste?

Non, cela ne veut pas pour autant dire cela. Mais il est vrai qu'il y a un climat social et politique favorable à l'expression du rejet de l'étranger. Les personnes issues des minorités visibles s'entendent souvent dire «D'où venez-vous?», façon de leur signifier qu'elles ne sont pas de la même communauté. Le témoignage d'un étudiant français d'origine marocaine ce mardi dans «Libération» est malheureusement d'une banalité totale. Le problème, c'est que le plus souvent, les victimes préfèrent se taire. 

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