Jacques Chirac peut-il dire ce qu'il veut?

POLITIQUE L'ex-président de la République a été pris en flagrant délit d'«hortefeuillade». Que risque-t-il?...

Catherine Fournier

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Jacques Chirac en juillet 2008
Jacques Chirac en juillet 2008 — REUTERS/ P. Wojazer

Après Brice Hortefeux, Jacques Chirac vient à son tour d'être filmé en plein dérapage verbal à l'égard d'un jeune homme de couleur. Mais ce qui a bien failli coûter son portefeuille au ministre de l'Intérieur pourrait bien n'être qu'un incident «médiatique» de plus pour l'ex-président de la République. Explications.
 
La caractérisation des faits n'est pas évidente

Les propos qu'il a tenus ayant été portés publics, via la caméra dont il ne pouvait ignorer la présence, Jacques Chirac pourrait être assigné en justice par la personne visée, l’habitant de Lormont donc, ou par une association comme SOS Racisme par exemple. Reste que le caractère délictuel de ses propos (diffamation ou injure raciale) n'est pas évident, selon Aurélien Chardeau, avocat du cabinet Gide. «La frontière entre un propos certes pas très élégant mais qui ne se voulait pas nécessairement blessant et une insinuation diffamatoire est ténue», explique-t-il à 20minutes.fr
 
Membre du Conseil constitutionnel et ministre, ce n'est pas pareil
Si Jacques Chirac, en tant que membre du Conseil constitutionnel, est tenu à une obligation de réserve, celle-ci tient plus à la neutralité politique qu'à la modération de tout propos public. «Ce devoir de réserve est plus politique, symbolique que juridique», observe Aurélien Chardeau. «La portée de ces propos est beaucoup plus limitée que dans le cas de Brice Hortefeux dans la mesure où Jacques Chirac n'a plus de pouvoir d'action sur la politique d'immigration», souligne Christian Delporte, historien et spécialiste de la communication en politique.
 
Du coup, la vidéo fait moins de buzz
L'enjeu étant moins important, la vidéo connaît un engouement moindre sur le Net que celle de Brice Hortefeux. «Jacques Chirac est démonnaitisé dans le champ politique, renchérit Frédéric Dabi, de l'institut de sondage Ifop. Personne n'aurait intérêt à l'attaquer.» Preuve en est, selon Christian Delporte, «cet extrait a été diffusée dans une émission où l'on rit (Le Grand Journal de Canal+, nldr). Et à la fin de la diffusion, on voit Pierre Moscovici, l’invité du plateau, sourire». Ce qui fait dire à un blogueur de 20minutes.fr que cette vidéo ne fera «pas un buzz équivalent à Hortefeux (...) car même si Canal montre ses images, tout est présenté sur le ton de la blague». D’abord mise en ligne sur YouTube par le blogueur Full HD Ready, elle a ensuite été retirée de la plate-forme vidéo puis... remise sous un autre titre – actuellement, elle est intitulée «Jacques Chirac Alain Juppé humour potache». Résultat, cette dernière vidéo n'avait totalisé que 325 visites ce mardi soir, après trois heures de mise en ligne. En outre, sur le réseau Twitter, pas de phénomène non plus, exceptées quelques blagues - encore - sur le Corrézien et l'Auvergnat...
 
Jacques Chirac surfe toujours sur sa côte de popularité
Qui dit distance avec le pouvoir, dit popularité, ce qui confère à Jacques Chirac une sorte d'immunité dans l'opinion, reprend Christian Delporte. Par ailleurs, selon l'historien, l'ancien chef de l'Etat bénéficie de l'anti-sarkozysme actuel et d'un parfum de nostalgie. «Il joue un peu le rôle de père de la Nation», ajoute Frédéric Dabi, qui conclut que cette vidéo écornera à la marge sa popularité.
 
Finalement, ceux qui risquent le plus, ce sont ceux qui commentent la vidéo
«Le piège de ce type d'intervention, c'est qu'elle oblige les hommes politiques en fonction à réagir», souligne Christian Delporte. Selon lui, l'embarras d'Alain Juppé sur la vidéo est visible et l'actuel maire UMP de Bordeaux essaie de s'en sortir par une pirouette. Mis à part Dominique Paillé, le porte-parole de l'UMP, qui a publiquement qualifié ce dérapage d'«humour», les élus de la majorité contactés par 20minutes.fr ont d'ailleurs refusé de commenter ces propos.