PORTRAIT

Francis Dorffer, 26 ans et rien à perdre

Le parcours du détenu qui a pris un surveillant en otage à la prison de Clairvaux...

«Dangereux et imprévisible.» Condamné à une longue peine, Francis Dorffer a pris en otage un surveillant de la prison de Clairvaux n'a rien à perdre. Et ses délits font froid dans le dos. Condamné à plusieurs reprises pour viol, violences, homicide volontaire et prise d'otage, il n'était libérable qu'en 2032, avant son nouveau coup de sang.
 
Pour cet «enfant de la maison d'arrêt», comme le décrit son avocat Thomas Hellenbrand à 20minutes.fr, tout commence à l'âge de 12 ans. Placé en foyer, quatre ans après la mort par overdose de sa soeur, il raconte au journal l'Est républicain: «Il n'y a plus eu ni affection, ni amour à la maison. C'est elle qui s'occupait de moi, elle avait pris le rôle de ma mère, débordée par son travail, mon frère et mon père qui buvait».
 
Il tue son co-détenu
 
Dès lors, les fugues succèdent aux larcins, et les crimes aux petits délits. A 17 ans, l'adolescent est condamné à 6 ans de prison pour viol et vol avec violence sur un mineur. Il purge sa peine à la prison de Metz-Queuleu, sans recevoir aucune visite de sa famille, selon son avocat. Et pendant son incarcération, il commet l'irréparable.
 
Dans la nuit du 14 au 15 septembre 2003, Francis Dorffer tue son co-détenu, Michel Gober, qui devait être libéré quinze jours plus tard. Un différent au sujet du programme télé déclenche la fureur de Dorffer, qui ne supporte pas son compagnon de cellule. Ce dernier est frappé, ligoté, bâillonné avec un drap. Avant d'être étranglé avec un câble électrique, puis égorgé avec une fourchette. «Il aurait dû être seul en cellule», affirme l'avocat du jeune homme.
 
Un psychiatre en otage
 
Dorffer est alors condamné à 30 ans de réclusion criminelle assortis d'une peine de sûreté de 20 ans en septembre 2006. Pas de quoi apaiser le jeune homme. Deux mois plus tard, il prend en otage une psychiatre de la maison d'arrêt de Nancy, pour dénoncer ses conditions de détention. Avant de se rendre, et de libérer le médecin deux heures plus tard.
 
Francis Dorffer «a reçu l’éducation que les maisons d’arrêt dispensent», regrette son avocat. Thomas Hellenbrand raconte qu'aux assises, son client «n'arrivait même pas à adapter sa vision, habitué à ne pas voir à plus de 2,50 mètres» en cellule d'isolement. A l'époque, Dorffer avait prévenu: «Je vais crever en taule, alors qu’est-ce que je risque? Je peux tuer encore, frapper, faire toutes les conneries, ça ne sera pas pire pour moi».