Prise d'otage de Clairvaux: l'emprisonnement longue durée dans le viseur

JUSTICE Alors qu'un détenu condamné à une longue peine a pris un gardien en otage, la question se pose de nouveau...

Oriane Raffin

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Le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Alvaro Gil-Robles, estime qu'il existe en France, dans certains domaines, "un fossé qui peut s'avérer très large entre les textes et les pratiques", dans un rapport très critique qui doit être publié mercredi.
Le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Alvaro Gil-Robles, estime qu'il existe en France, dans certains domaines, "un fossé qui peut s'avérer très large entre les textes et les pratiques", dans un rapport très critique qui doit être publié mercredi. — Jack Guez AFP/Archives

Francis Dorffer, 25 ans, condamné jusqu’en 2032. Ce jeune homme au lourd passé judiciaire, incarcéré à la prison de Clairvaux dans l’Aube pour viol, meurtre et violences, a pris en otage un gardien de son établissement, ce mardi. Un geste désespéré? Un geste qui, en tout cas, soulève de nouveau le problème des longues peines.

En 2006, le journal Le Républicain Lorrain, qui couvrait alors le procès de Francis Dorffer, accusé du meurtre de l’un de ses codétenus, rapportait les propos du jeune homme: «Je vais crever en taule, alors qu’est-ce que je risque? Je peux tuer encore, frapper, faire toutes les conneries, ça ne sera pas pire pour moi».

Le cas de cet «enfant de la maison d’arrêt», comme le décrit Thomas Hellenbrand, son avocat, contacté par 20minutes.fr, illustre ce que dénoncent plusieurs associations: le désespoir entraîné par «l’emprisonnement à vie».

«On pousse les gens à vouloir s’évader»

Une situation qui s’aggrave avec les derniers textes de lois, estime Patrick Marest, de l’Observatoire International des Prisons. «Avec l’accumulation législative, on met fin à l’espoir des prévenus de sortir un jour», explique-t-il. «Par exemple, prenons la rétention de sûreté. Dans les états d’esprit, c’est une peine à vie pour les détenus de très longue peine, comme ceux de Clairvaux, ce qui sème la désespérance parmi les détenus.»

«On pousse les gens à vouloir s’évader, ils n’ont pas d’autre solution», continue Patrick Marest. «Cela en est fini de la conception qui fait qu’une fois la peine purgée, on a payé sa dette à la société et c’est terminé.»