Un listing des anciens délinquants sexuels pour les maires?

SECURITE Une proposition d'amendement veut que les élus soient informés dès qu'une personne condamnée s'installe sur leur commune...

Oriane Raffin

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Après la proposition de créer des cartes sur le Web localisant les personnes condamnées pour viols, agressions sexuelles actes de barbarie ou torture, deux députés ont déposé, le 5 novembre, un projet d'amendement d'un texte de loi visant à informer les maires des villes dès qu’une personne condamnée par le passé s’installe sur son territoire.

Pour Jacques Pélissard, l'un des deux députés UMP à l'origine de la proposition, contacté par 20minutes.fr, ce projet de loi répond «à deux impératifs». D'un côté «la réinsertion du condamné, car le maire a la possibilité d'associer les travailleurs sociaux», et de l'autre, «la luttre contre le risque de récidive». Concrètement, il explique que «si l'ancien délinquant s'installe à côté d'une école, qu'il rôde, en cas de suspicion, on peut alerter le directeur d'une école».

Brice Hortefeux, interviewé sur France Info ce vendredi s’est dit favorable à l’idée: «Je souhaite davantage d’informations», explique-t-il, s’appuyant sur l’exemple de la Bavière. Dans cet Etat allemand, les autorités sont informées trois mois à l’avance de l’arrivée d’un délinquant sexuel sur leur territoire.

«De plus en plus de maires rêvent d’être des sheriffs»

Pour Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l’homme, «ce n’est pas la première ni la dernière fois qu’un texte comme celui-là est proposé. Il y a de plus en plus de maires qui rêvent d’être des sheriffs.»

Pourtant, le président de l’association estime que la mesure est inutile. «Que peut-on faire après? Mettre un panneau sur le dos des anciens condamnés? Un enfant de cinq ans comprendrait que ce n’est pas comme ça qu’il faut agir.». Jean-Pierre Dubois dénonce une exploitation de l’émotion autour de ces questions sensibles, et une visée électoraliste. «Le FN est en difficulté, il y a donc un marché à prendre.»

«Une responsabilité énorme pour le maire»

Delphine Batho, députée PS contactée par 20minutes.fr, estime en outre que cet amendement serait «un cadeau empoisonné pour les maires et les élus locaux qui n'ont pas à se substituer au travail de la police». En cas de problème, elle estime que «la population pourrait se retourner contre le maire». «Ce serait une responsabilité énorme pour le maire, et je suis très étonnée que le président de l'association des maires de France (Jacques Pélissard, ndlr) ait signé ce texte».