Naufrage de l'Estonia: seulement 137 personnes ont survécu à la catastrophe sur les 989 passagers.
Naufrage de l'Estonia: seulement 137 personnes ont survécu à la catastrophe sur les 989 passagers. — PRESSFOTO/SIPA

JUSTICE

Qui percera le mystère du naufrage de l'Estonia?

Le procès de la catastrophe maritime la plus meurtrière depuis celle du «Titanic» s'ouvre ce vendredi à Nanterre...

Quinze ans après, les familles des victimes attendent toujours des réponses. Le procès qui s'ouvre ce vendredi à Nanterre permettra peut-être de découvrir, enfin, les raisons du naufrage de l'Estonia, le plus meurtrier après celui du Titanic.

Les faits remontent à la nuit du 27 au 28 septembre 1994. L'Estonia quitte Tallinn pour effectuer sa traversée quotidienne vers Stockholm. A bord, 989 personnes, essentiellement des Suédois, ont pris place. Mais le ferry n'atteindra jamais la Suède.
 
137 passagers survivent
 
Alors qu'une tempête se lève en pleine nuit, le capitaine maintient une vitesse maximale. Les vagues frappent avec violence la coque du bateau. Les charnières de l'étrave cèdent. L'eau s'engouffre. Le ferry sombre en quelques minutes. L'équipage lance un SOS puis abandonne les passagers à leur sort.

Au total, 850 personnes sont restées prisonnières de leur cabine ou sont mortes noyées. Seules 139 sont parvenues à s'en sortir, blotties dans les canots de sauvetage. Deux d'entre elles ne survivront pas au froid mordant. Ce naufrage est la plus grande catastrophe maritime en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Seuls 94 corps ont été retrouvés. Une polémique voit rapidement le jour. Les autorités suédoises refusent que les corps prisonniers des cabines soient repêchés.
 
La thèse d'une explosion
 
Ce n'est qu'en décembre 1997 que les premières conclusions de l'enquête, lancée après le naufrage, sont rendues. Le rapport indique que la coque du bateau a cédé sous la pression de violentes vagues. Des conclusions immédiatement contestées. La Suède interdit à tous plongeurs de se rendre sur l'épave qui gît par 80 mètres de fond dans les eaux internationales. Et elle propose qu'une chape de béton soit coulée sur l'épave puis renonce à recouvrir le bateau. Face au secret qui entoure le dossier, les spéculations se multiplient sur les causes du naufrage. La thèse d'une explosion est évoquée. La Russie est suspectée d'en être l'auteur. Mais il n'y a pas de preuve. La coque ne peut-être inspectée.

Jutta Rabe, une journaliste allemande, a enquêté pour son propre compte sur la catastrophe de l'Estonia. Elle défend la thèse de l'explosion. Un film a été réalisé sur son travail.

La bande-annonce du film de Baltic Storm, inspiré de l'enquête menée par Jutta Rabe


En 2006, le gouvernement suédois charge deux équipes de chercheurs d'enquêter sur le déroulement du naufrage. Mais ils n'obtiennent pas, comme ils le demandent, que des plongeurs aillent inspecter l'épave. Le gouvernement suédois refuse. Les familles des victimes attendent toujours que quelqu'un parle et perce enfin le secret du naufrage de l'Estonia.

Pourquoi un procès en France?

Après que l'instance a été abandonnée devant les tribunaux suédois, les avocats des familles des victimes ont assigné la société Veritas, une entreprise française qui a délibéré les certificats du ferry Estonia.

Après des années de procédures pour tenter d'empêcher que le procès ne se tienne à Nanterre, la cour de cassation a déclaré ce tribunal compétent. La décision de ne sera rendue qu'au cours de l'année 2011.