La grippe A (H1N1), c'est pas grave sauf quand ça l'est

REPORTAGE Des patients, souvent jeunes et sans antécédents, sont hospitalisés dans des états critiques. 20minutes.fr a été constater de visu en réanimation, à l'hôpital Bichat...

Julien Ménielle

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Le professeur Michel Wolff, chef du service de réanimation médicale et infectieuse de l'hôpital Bichat-Claude Bernard AP-HP prend en charge des cas graves de grippe A (H1N1).
Le professeur Michel Wolff, chef du service de réanimation médicale et infectieuse de l'hôpital Bichat-Claude Bernard AP-HP prend en charge des cas graves de grippe A (H1N1). — Julien Ménielle/20minutes.fr

«Il y en une autre qui arrive. Même âge, même poids». A l'heure où la campagne de vaccination s'ouvre au grand public, la réanimation médicale et infectieuse de l'hôpital Bichat reçoit son sixième cas grave de grippe A (H1N1). Car si le discours ambiant est à la banalisation et la vaccination ne tente que 21% des Français, le virus est virulent et touche des jeunes, dont les antécédents médicaux peuvent se limiter à un excès de poids.

Dans la grande allée du service, ce n'est cependant pas la psychose. Dans un lit, une jeune fille de 25 ans, présentant un surpoids, chez qui le virus a provoqué une détresse respiratoire aigüe. «Isolement respiratoire», indique un panneau à côté de la porte ouverte de son box. Le virus est contenu dans le circuit du respirateur artificiel, mais les soignants portent un masque pour effectuer des soins proches.

60% du personnel est vacciné

«Et puis nous sommes tous vaccinés ou presque», explique le professeur Michel Wolff, chef du service. En effet, la totalité des médecins et au moins 60% du personnel soignant est passé de l'autre côté de l'aiguille. Un chiffre bien plus élevé que la moyenne nationale pour les professionnels de santé, qui se monte à 10 ou 20% selon les sources.

«Au début, les volontaires ne se bousculaient pas», raconte Michel Pairault, cadre supérieur du service. Mais «l'augmentation récente du nombre de cas graves» a boosté le nombre de candidats. En effet, depuis environ trois semaines, une dizaine de patients ont dû être hospitalisés dans un état grave, alors qu'il n'y en avait eu que deux depuis le début de l'épidémie.

Un environnement technologique impressionnant

Une population «âgée majoritairement de 30 à 40 ans, voire moins», selon le professeur Michel Wolff. Et sans antécédents médicaux très sérieux, parfois même sans aucun problème de santé notable. «Une obésité, une petite hypertension», décrit le médecin. Autant dire pas grand chose, au regard de la gravité de leur état au bout du compte.

Quinze jours à trois semaines d'hospitalisation, jusqu'à deux mois pour la plus longue, et un environnement technologique parfois impressionnant. Sur son lit, la patiente de 25 ans est placée sous anesthésie prolongée, y compris sous curares, en plus de son respirateur artificiel, un système d'oxygénation extra-corporel (ECMO) assure les fonctions de ses poumons déficients. Avec au final, même si le poumon guérit, des séquelles liées à une longue hospitalisation en réanimation.

La «vaccination altruiste»

«L'ECMO n'est pas systématique», note cependant le professeur Wolff. La ventilation artificielle, le tamiflu et les antibiotiques, si. «Il y a deux cas de figure», décrit-il: soit le virus s'attaque directement aux poumons, par un processus encore mal connu, et provoque un œdème, soit la gravité est liée à une surinfection par une bactérie virulente, «dont le virus a fait le lit».

«Nous n'avons qu'un décès à déplorer», pondère Michel Wolff. Le cas d'un homme de 41 ans, décédé dans le service mi-octobre. Le patient, qui avait bénéficié en 1997 d'une greffe poumon-foie, était «affaibli», notamment par son traitement, convient le médecin. «Mais sans la grippe, il aurait très bien pu vivre encore des années. Une histoire qui invite à méditer sur la «vaccination altruiste», qui consiste à recevoir l'injection pour faire barrage à l'épidémie, et protéger les plus faibles.

Chiffres

45% des cas graves franciliens sont hospitalisés dans le service de réanimation de l'hôpital Bichat, 45% à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, et le reste dans les autres services de réanimation de la région, selon Michel Pairault.