Tony Musulin, un Monsieur Toutlemonde à la double vie

PORTAIT Le côté taciturne et sans histoires du chauffeur cachait en fait une vie de faux-semblants et une scrupuleuse préparation de son coup...

B.D.

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Toni Musulin, le convoyeur qui a reconnu avoir détourné 11,6 millions d'euros, le 5 novembre 2009.
Toni Musulin, le convoyeur qui a reconnu avoir détourné 11,6 millions d'euros, le 5 novembre 2009. — AFP PHOTO POLICE JUDICIAIRE

Tony Musulin a 39 ans, mesure 1,80 m pour 100 kg, a les yeux bleus et des cheveux bruns coupés court. Célibataire et sans enfant, d'origine serbo-croate, il est issu d’un milieu modeste et vit à Villeurbanne (Rhône), dans un immeuble vieillot de la rue Louis-Braille. Jusqu’à jeudi dernier, il était employé chez Loomis, un groupe suédois de transports de fonds. Il y travaillait depuis une dizaine d'années.
 
En-dehors de son physique imposant, entretenu dans un club de musculation de Villeurbanne, Tony Musulin se fond dans la masse. «C’était quelqu’un de plutôt apprécié, a indiqué un collègue. Il a dix ans de maison, comme moi, mais je ne suis jamais allé chez lui. Uniquement des relations de travail. On ne lui connaissait pas d’amis dans la boîte.»
 
Un «grand balèze» simple et sans histoire
 
Ses voisins le décrivent comme un «grand balèze», «un peu sauvage, très gentil, pas très bavard et calme». Son ex-compagne, Hélène, avec qui il a vécu onze ans avant leur séparation il y a un an, évoque «quelqu'un de très simple» et «sans histoires». «C'est quelqu'un de très économe qui, même s'il a de l'argent, ne va pas le flamber pour autant. Sa vie, c'était le boulot, le sport et rester chez lui le soir», a-t-elle indiqué sur TF1 samedi.
 
Seul indice qui aurait pu mettre la puce à l’oreille de ses collègues, un changement de comportement depuis quelques mois. D’impénétrable, l’homme est devenu contempteur des patrons et banquiers, se comportait de façon «bizarre depuis plusieurs mois», et se plaignait «d’être mal payé».
 
Double vie
 
Pourtant, cet employé mène un train de vie extraordinaire, alors qu’il ne touche pas plus de 2.000 euros par mois, primes incluses. Les enquêteurs ont ainsi découvert qu’il possédait une dizaine de comptes bancaires dans plusieurs établissements, pour un montant total proche de 100.000 euros. Tony Musulin possède également la moitié d’une société civile immobilière (SCI), liée à la propriété d’un immeuble à Romans-sur-Isère (Drôme). Il y aurait injecté 115.00 euros.
 
De plus, l’homme aime les belles voitures. Il a dépensé 120.000 euros pour acheter une Ferrari F340 aux enchères, avant de la déclarer volée en avril dernier. On lui aurait également dérobé une Audi A8 il y a plusieurs années. Cependant, le convoyeur se déplaçait à vélo. Son ex-compagne indique qu’il gérait «un commerce de voitures de luxe dans le nord ou l’est de la France». Il avait affirmé à un habitué de son club de sport qu’il était «gérant d’une société de location de voitures de course».
 
Méticuleux
 
Au-delà de ses capacités d’illusionniste, le chauffeur a également fait montre d’une minutie extrême dans la préparation de son coup. Il avait tout prévu, et depuis longtemps. Il y a quelques mois, Tony Musilin s’était brouillé avec les deux membres de son équipage habituel, et partait désormais en tournée avec deux «jeunots», ayant moins d’un an d’ancienneté dans la société. Il y a quelques semaines, il avait loué une camionnette qui lui a servi dans sa fuite, et un box où il a pu cacher le véhicule et les «briquettes» de billets, trop encombrantes. Son domicile a aussi été nettoyé et vidé une dizaine de jours avant le vol. Les enquêteurs n’ont trouvé ni draps sur le lit, ni nourriture dans le frigo, pas même un papier qui traîne. Ses comptes ont été vidés à la fin du mois d’octobre.