«Chaque pas doit être un but» vs. «Droits d'inventaire»

LIVRES Des ouvrages de Jacques Chirac et François Hollande, lequel fait le plus de révélations, lequel est le plus critique, lequel fait le plus de buzz...

Bérénice Dubuc

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Montage des couvertures des livres de Jacques Chirac et François Hollande.
Montage des couvertures des livres de Jacques Chirac et François Hollande. — DR

Deux livres d’hommes politiques, tous deux élus corréziens qui plus est, sont en librairies ce jeudi. Jacques Chirac publie le premier tome de ses Mémoires, Chaque pas doit être un but*, qui retrace sa vie depuis sa naissance en 1932 jusqu'à son accession à l'Elysée en 1995. François Hollande dévoile pour sa part Droit d'inventaires**, un livre d'entretiens avec Pierre Favier, ancien chef du service politique de l'AFP. 20minutes.fr compare le contenu des deux ouvrages.

>> A venir, l’interview de François Hollande

Niveau de confession

Jacques Chirac: 8/10
Le livre de Jacques Chirac retrace son parcours, public et privé, de l'apprentissage du pouvoir en 1962 au côté de son «père spirituel», Georges Pompidou, à l'accession à l'Elysée en 1995, tout en dévoilant également de larges pans de sa vie privée.

On apprend ainsi qu’il était surnommé «bison égocentrique» chez les scouts, mais il évoque aussi des thèmes plus graves comme la mort de son père, celle de sa mère, ou encore les femmes de sa vie. Il révèle que les conseils et critiques de Bernadette, son épouse depuis 1956, l'ont «souvent éclairé», parle de la maladie de sa fille aînée, Laurence, et de sa fille Claude, «Vive, belle, sensible, intuitive, d'un naturel calme et réservé, mais prompte, dès qu'il le faut à s'affirmer.» Le premier volume de ces mémoires est d’ailleurs dédié à son petit-fils Martin.

François Hollande: 2/10

De son côté, François Hollande se livre de façon très modérée. Son livre retrace sa carrière politique, dont ses «deux années de bonheur» (entre 1995 et 1997, alors qu'il était porte-parole du PS sous Lionel Jospin). Il passe rapidement sur sa famille, et confie en passant son attachement à la Corrèze, où il est «tombé en 1981 par un concours de circonstances électorales» pour ne plus en repartir. Il évoque plus longuement la campagne de Ségolène Royal, son ancienne compagne, en 2007, mais ne confie rien de plus que le fait d’avoir dû «mettre [leurs] problèmes personnels de côté», alors que sa «vie sentimentale était déjà ailleurs».

Niveau de vacherie

Jacques Chirac: 8/10


Quand il s’agit de balancer sur d'autres personnalités politiques, l’ancien président ne fait pas dans la dentelle. Sur Valéry Giscard d'Estaing, avec qui «la communication a toujours été difficile» quand il était son Premier ministre, Jacques Chirac indique: «L'homme m'était apparu d'une intelligence et d'une stature exceptionnelles. Mais avec une propension manifeste à considérer que les autres comptent peu.» Edouard Balladur, l’ami qui l’a «trahi» en se présentant contre lui à la présidentielle de 1995, est selon lui «un calculateur froid qui répugne aux emballements et aux coups d'éclat». Quant à Nicolas Sarkozy, qui veut, selon Jacques Chirac «se rendre indispensable, être toujours là, nerveux, empressé, avide d'agir», il possèderait un «sens indéniable de la communication».

Deux exceptions à ces critiques acerbes: Georges Pompidou, qui «symbolisait la France aussi bien que de Gaulle», et François Mitterrand, chez qui Jacques Chirac dit avoir trouvé une «finesse de jugement et une intelligence tactique (…) rarement rencontrées dans le monde politique».

François Hollande: 5/10

L’ex-secrétaire national du PS indique dans son ouvrage qu’il veut prendre sa «part personnelle des responsabilités» et «situer celle des autres». Il n’a pas peur de critiquer le socialisme, qui «navigue à vue», le PS qui «n'est pas parfait» mais qui est «le parti le plus démocratique de France», Lionel Jospin, qui a perdu en 2007 car il n’avait pas de «projet» mais dont la période au pouvoir «est l'une des plus honnêtes, des plus sérieuses, des plus réussies». Même la candidate à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, «un mélange d'innovation politique et de tradition, un phénomène de nouveauté», n’est pas clouée au pilori. La seule véritable victime de sa plume, c’est l'ancien socialiste et actuel ministre de l'Immigration, Eric Besson: «Sa trahison est son emblème, sa marque de fabrique, j'allais dire sa décoration au champ du déshonneur».

Niveau de buzz

Jacques Chirac 10/10

Coïncidence de calendrier, l’ancien président vient d’être renvoyé en correctionnelle dans le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris, où il lui est reproché 21 emplois présumés de complaisance lorsqu'il était maire de la capitale. De plus, Jacques Chirac est mis en cause par Charles Pasqua dans l’affaire de l'Angolagate. Ce buzz judiciaire va-t-il booster les ventes de ses mémoires ou occulter ses écrits?

François Hollande 6/10

Le livre est la première sortie de l'ancien numéro un du PS depuis qu’il a été remplacé par Martine Aubry. Il y dévoile le portrait du candidat idéal pour la présidentielle de 2012, quelqu’un qui a «confiance en soi, en ses valeurs», qui porte «un projet simple, cohérent, crédible», et dont «la légitimité est incontestable». François Hollande affirme «Là où je suis, je me prépare», et indique qu’à l'ouverture des primaires, il se demandera s'il est «capable d'occuper la responsabilité».


*Chaque pas doit être un but, Nil, 500 pages, 19,95 euros.
**Droit d’inventaires, Seuil, 399 pages, 20 euros.