Le fluvial prêt pour sa revanche

TRANSPORTS «20 Minutes» dévoile une étude sur l’avenir de la filière...

Mickaël Bosredon

— 

Le port de Marseille veut développer ses liaisons ferriviaires et fluviales.
Le port de Marseille veut développer ses liaisons ferriviaires et fluviales. — P. MARSAUT / REPORTAGES / 20 MINutes

«Donner la priorité au fluvial.» Depuis la sortie de Nicolas Sarkozy le 3 février, et les objectifs de l'Etat de report modal de 25% en faveur du fluvial dans les dix prochaines années, le secteur de la navigation fluviale est en ébullition. Dans une étude, qui sera présentée demain lors d'un colloque et que 20 Minutes dévoile en exclusivité, Entreprendre pour le fluvial (EPF)* estime que la croissance du trafic peut doubler d'ici à 2020. La hausse du chiffre d'affaires du secteur serait comprise entre 54% et 71%.

Un gros potentiel avec les déchets

«Il y a une prise de conscience sur le développement durable. C'est aussi une question d'image», explique Danielle Rouganne, déléguée générale d'EPF. Et à ceux qui pensent que le transport par voie d'eau est trop lent pour s'imposer, elle répond que « DHL s'y est mis. Cela ne doit pas être aussi lent que ça...» Le plus gros potentiel se trouve «dans le transport des déchets. De grandes métropoles sont en train de s'y convertir.» Mais rien n'est gagné. Ainsi, la compagnie Marfret vient d'abandonner une barge qui transportait jusqu'à 1.500 tonnes de détritus ou colis sur la Loire, faute de rentabilité. Lancée en mars, elle remplaçait environ soixante-dix camions.

C'est donc la revanche du fluvial qui se profile. Car si la voie d'eau ne pèse plus que 8% du transport de marchandises en France, elle a été beaucoup plus importante. «Au début du siècle, la France comptait 4.500 entreprises de bateliers. Après l'arrivée du camion, on est tombé à 900.» Chiffre qui est remonté à un peu plus de mille en 2005. Danielle Rouganne prévoit qu'il faudra créer environ un millier d'entreprises d'ici à 2020 pour faire face à la demande, «avec des barges aux capacités de plus en plus importantes. Il y aura un besoin de 480 bateaux neufs par an d'ici à 2020.» La moitié pourrait être réalisée en France, soit un marché de 750 millions d'euros.

La concurrence de la Belgique ou des Pays-Bas, où le fluvial est bien plus développé, sera toutefois féroce. «Ces perspectives de développement ne seront possibles qu'avec une politique volontariste. Il faut que le fluvial obtienne une part du grand emprunt, et que nos entreprises bénéficient d'aides.» Après les discours, place aux actes. 

* EPF a été créé par Voies navigables de France pour apporter des « réponses aux évolutions structurelles du secteur ».