La veuve de Bernard Laroche contre-attaque

FAIT DIVERS Un quart de siècle après le début de «l'affaire Grégory», Marie-Ange Laroche veut LA vérité pour réhabiliter son mari...

Bérénice Dubuc

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Marie Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche - un temps accusé du meurtre du petit Grégory, et assassiné par le père de celui-ci, Jean-Marie Villemin - devant la basilique d'Epinal, le 11 octobre 2004.
Marie Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche - un temps accusé du meurtre du petit Grégory, et assassiné par le père de celui-ci, Jean-Marie Villemin - devant la basilique d'Epinal, le 11 octobre 2004. — TRAVERS ERIC/SIPA

Une petite salle remplie de journalistes de presse écrite, de radio, beaucoup de caméras de télévision. Sur l’estrade, Marie-Ange Laroche et son avocat, Me Gérard Welzer. Une partie des protagonistes de l’affaire est toujours là, un quart de siècle après la mort du petit Grégory.

L’avocat de Marie-Ange Laroche le dit lui-même: «On a l'impression d'être 25 ans en arrière.» Et lui non plus n’a pas changé: il est toujours très remonté contre la presse, qu’il a souvent accusée d’avoir empêché le bon déroulement de l’enquête. Aujourd’hui, il remet le couvert, regrettant encore la couverture médiatique actuelle de l’affaire.

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Différence notable, ce lundi, la parole est à la veuve de Bernard Laroche - un temps suspecté de l’assassinat de Grégory Villemin en 1984. Dans un livre, Les larmes oubliées de la Vologne (éd. L’Archipel), elle raconte sa propre version de l’affaire. «Bernard est innocent. Je veux tout faire pour le prouver», assène-t-elle d’une voix tremblante teintée d’un fort accent vosgien. «Mes deux fils ont le droit de savoir la vérité», lâche-t-elle, assurant que ses enfants vivent très mal de voir à la télé, à chaque fois qu'il y a une nouveauté dans l'affaire, des archives de leur père menotté et arrêté, comme un véritable coupable.

La publication du livre de Marie-Ange Laroche coïncide avec un nouvel élément dans l’affaire Grégory. En effet, le 22 octobre dernier, un rapport était rendu, indiquant que des traces d’ADN avaient été découvertes sur une lettre du corbeau et sur les cordelettes qui ont noué les poignets et chevilles de l’enfant. Marie-Ange Laroche se défend de vouloir profiter du buzz: la date de sortie du livre était prévue depuis longtemps. Son avocat précise que c'est une «coïncidence», puisqu'ils n'ont pas accès au dossier.

>> Notre dossier sur l'affaire Grégory


«J'ai vécu 25 ans de calvaire. C'est intenable. Je le supporte mal, mes enfants aussi, c'est très dur de vivre ce que je vis», reprend la femme, visiblement éprouvée. «J'en suis toujours aujourd'hui au même point, à livrer le même combat», celui de la réhabilitation de son mari. Car Marie-Ange Laroche l’assure, elle ne pourra faire le deuil de son époux que lorsqu’il «sera innocent» aux yeux de tous. C’est pour cette raison qu’elle souhaite se constituer partie civile elle veut avoir accès au dossier, et demander des expertises, notamment l'examen des cassettes de la voix du corbeau. Selon elle, si l’ADN peut aider à relancer le dossier, il ne permettra pas de connaître la vérité. Les traces génétiques ne sont pas fiables, puisque personne ne peut être sûr que la lettre où ces traces ont été retrouvées a été envoyée par le «vrai» corbeau.

Marie-Ange Laroche insiste: elle ne mettra «aucun obstacle à l’exhumation du corps» de son mari, mais avant de donner son accord, elle veut «qu'ils (les policiers, ndlr) cherchent partout ailleurs». Elle dit vouloir «connaître LA vérité, et non pas UNE vérité», même 25 ans après.