« Je fais hospitaliser trois patients par semaine »

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CAPMAN / SIPA

La souffrance au travail est-elle un mal en pleine expansion ?

Oui, et elle donne lieu à des pathologies de plus en plus aiguës. Car actuellement, je fais hospitaliser trois patients par semaine pour les empêcher de commettre l'irréparable.

A quoi attribuez-vous ce problème ?

L'organisation du travail mise en place il y a vingt ans produit ses effets aujourd'hui. Les entreprises demandent à leurs salariés de satisfaire les clients à court terme, ce qui ne leur permet plus d'effectuer un travail de qualité, participant à leur construction identitaire. Par ailleurs, l'individualisation des objectifs a engendré un management par la concurrence, conduisant à un isolement massif. Enfin, la surcharge de travail, la porosité entre vie professionnelle et vie privée, les objectifs inatteignables constituent des facteurs aggravants.

La situation peut-elle s'améliorer ?

Je pense que les suicides vont continuer, car les chefs d'entreprise n'ont pas pris la mesure du problème. Or c'est grâce à une mobilisation collective que l'on pourra réintroduire de l'humain dans l'entreprise.

Quels conseils donner à ceux qui perdent pied ?

Il faut sortir de l'isolement en se confiant à un médecin, un délégué du personnel, un DRH ou consulter un thérapeute spécialisé*. W

* Liste sur www.karlotta.com/set/set.swf.