Le mal-être au boulot se porte très bien

SOCIAL Un sondage révèle que les Français craignent une multiplication des suicides en entreprise...

Delphine Bancaud

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Les séquelles sont lourdes. La vague de suicides chez France Télécom et dans d'autres grands groupes a fortement ébranlé les Français, comme le montre un sondage sur la souffrance au travail réalisé par l'institut Obea-InfraForces pour 20 Minutes et France Info. Plus de 90 % des personnes interrogées pensent que le stress, les dépressions et les suicides liés au travail (appelés «risques psychosociaux») sont des sujets préoccupants. Une prise de conscience exacerbée par l'actualité.


Les entreprises pointées du doigt


Quant aux origines du mal-être professionnel de leurs contemporains, les sondés l'attribuent à différents facteurs : une pression accrue de la part de la hiérarchie sur les salariés, un manque de reconnaissance de la part des managers, des délais de plus en plus serrés, une charge de travail trop lourde, un manque de moyens humains et matériels, une plus grande pression de la part des clients... Signe de leur pessimisme : 74,7 % jugent qu'aucune catégorie de salariés n'est épargnée par les risques psychosociaux, ni les cadres, ni les ouvriers, ni les fonctionnaires...

Fustigeant l'inertie des patrons à l'égard de la souffrance au travail, près de 70 % des sondés jugent qu'ils ne mettent pas les moyens nécessaires pour lutter contre ce fléau. Parmi les mesures qu'ils souhaiteraient voir adoptées pour lutter contre les risques psychosociaux figurent la création de groupes de parole au sein des entreprises, l'instauration d'un numéro vert pour discuter avec des psychologues, le renforcement des contrôles de l'inspection du travail sur le terrain, la formation des managers à cette question et enfin la création d'observatoires du stress en entreprise.

Des accords en préparation
 

Reste à savoir si ces solutions seront reprises par les entreprises de plus de mille salariés, qui ont été exhortées à conclure des accords sur le stress avant le 1er février 2010 par le ministre du Travail, Xavier Darcos. Parallèlement, les partenaires sociaux ont entamé jeudi dernier une négociation nationale interprofessionnelle sur la violence au travail, qui devrait permettre de transposer en France un accord européen sur le sujet. En outre, un deuxième plan sur la santé au travail, qui comportera un chapitre sur la limitation des risques psychosociaux, sera présenté par Xavier Darcos début 2010. Un rapport réalisé par des sociologues, médecins et économistes, rendu public samedi, conclut que les facteurs psychosociaux peuvent doubler le risque de développer certaines maladies. Preuve qu'il est temps que les pouvoirs publics prennent la mesure de l'urgence.