« Je veux équiper des femmes battues de portables d'urgence »

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S. ORTOLA / 20 MINUTES

Quelles sont les nouvelles mesures que vous souhaitez mettre en place contre les violences conjugales ?

Au ministère de l'Intérieur déjà, j'ai lancé plusieurs actions pour soutenir les victimes, notamment de violences intrafamiliales, incluant les enfants et les ascendants. C'est cette action que je prolonge comme garde des Sceaux.

Quels sont vos leviers d'action ?

Je m'appuie sur des actions très concrètes et des expériences, comme celles menées à Douai et Arras depuis quelques années (lire ci-contre). En éloignant et en suivant les conjoints violents, les magistrats, avec l'aide d'associations, leur font prendre conscience de leur dépendance, à l'alcool par exemple, et du risque de marginalisation. On obtient ainsi un taux de récidive faible, de l'ordre de 6 %. Des expérimentations similaires vont démarrer prochainement à Grenoble, Bordeaux, Rouen et Dax.

Comment la loi peut-elle évoluer pour mieux protéger les victimes ?

Aujourd'hui, seuls les maris violents peuvent être éloignés du domicile, pas les concubins et pacsés. Il y a là un vide juridique préoccupant. Je vais inscrire l'extension de cette mesure dans notre droit civil d'ici à l'été prochain. Contre le harcèlement dont les femmes se plaignent souvent, je veux créer une ordonnance de protection temporaire pour interdire à l'agresseur d'entrer en contact ou de séjourner à proximité de sa victime. Et des aides financières d'urgence pourront être débloquées pour aider les femmes à subvenir à leurs besoins, seules.

Des bracelets électroniques alertent déjà parfois les autorités dès que l'homme s'approche...

Ce bracelet ne peut équiper que les condamnés. Or il faut aussi agir en amont de la procédure judiciaire. Je vais lancer le 23 novembre à Bobigny une première expérimentation pour équiper une vingtaine de femmes - ou d'hommes - battu(e)s de portables d'urgence. Des appareils extrêmement simples à manier : même en période de grand stress, il suffira d'appuyer sur un bouton pour alerter la police, qui enverra immédiatement une équipe. Cela peut aussi être dissuasif.

On se préoccupe désormais autant des hommes violents que des femmes battues. Cela illustre-t-il un changement de philosophie ?

Il faut d'abord répondre à l'urgence pour protéger les victimes. On a réussi, ces dernières années, à briser un tabou. Mais dans le même temps, il faut, au-delà des mesures répressives, aider l'auteur des violences à gérer ses pulsions. La lutte contre la récidive est pour moi une priorité. Y compris dans ce domaine. W

Recueilli par Laure de Charette

et Vincent Vantighem