Isère: récit d'un double infanticide inexplicable

FAITS-DIVERS Les enquêteurs réussissent à retracer le déroulement des événements, mais la cause du drame reste inconnue...

Julien Ménielle

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Des gendarmes bloquent la rue où deux cadavres d'enfants ont été découverts dans le coffre d'une voiture, le 27 octobre 2009 à Bourgoin-Jallieu.
Des gendarmes bloquent la rue où deux cadavres d'enfants ont été découverts dans le coffre d'une voiture, le 27 octobre 2009 à Bourgoin-Jallieu. — JEAN-PIERRE CLATOT/AFP

«Aidez-moi, aidez-moi!» Quartier populaire de Champfleuri, près de Bourgoin-Jallieu (Isère). Il est environ 14h, mardi, quand un cri déchire le silence de la zone pavillonnaire. Une femme à sa fenêtre appelle au secours et tente d'échapper à la violence de son mari. Elle en réchappera. Pas ses deux enfants, âgés de 7 et 10 ans. Leurs corps enfermés dans des sacs seront retrouvés par la police dans le coffre de la voiture familiale à quelque pas de là.

Le long calvaire de la jeune femme

Quand elle rentre de son travail de nuit, vers 5h, cette mère de famille se couche comme chaque matin. Mais quelques heures plus tard, vers 9h, son mari, fou de rage, la réveille. Une violente dispute éclate et l'homme ligote son épouse au lit avec du scotch, entourant sa bouche pour étouffer ses cris. Il lui avoue alors qu'il a tué leurs deux enfants en les étouffant de ses propres mains.

Le calvaire de la jeune femme de 31 ans dure encore plusieurs heures. Peu avant 14h, son mari tente de l'étrangler. Après s'être débattue, elle parvient à se libérer et se précipite vers la fenêtre. Après avoir appelé à l'aide, des témoins racontent qu'elle enjambe la fenêtre avant de s'enfuir, pieds nus, et de se réfugier chez des voisins en hurlant: «Mes enfants! Mes enfants!»

«Etouffés avec la main»

«Elle avait les yeux injectés de sang, apparemment son mari n'y était pas allé de main morte, elle était folle d'inquiétude pour ses enfants, et elle a demandé qu'on appelle la police», raconte un riverain. A l'arrivée des forces de l'ordre, l'homme est prostré chez lui. Il a fait «une grosse bêtise», annonce-t-il aux policiers. Sur ses indications, les enquêteurs découvrent les corps des enfants dans la voiture, garée non loin de là.

Placé en garde à vue, le père de famille reconnaît avoir tué ses deux garçons. Il avoue les avoir «étouffés avec la main». L'autopsie conclut à la mort par asphyxie et relève des traces de coup sur le thorax de l'aîné. L'homme ne fournit aucune explication sur son geste. Tout juste explique-t-il avoir passé du temps à jouer sur Internet avant de passer à l'acte.

Accro aux jeux d'argent

L'individu est connu pour être accro aux jeux d'argent, notamment en ligne, et avait été placé sous curatelle quelques années plus tôt. Il venait d'être licencié de son emploi de préparateur de commandes et avait «des problèmes de couple». Hospitalisée, en état de choc, sa femme a été entendue mardi en fin d'après-midi par les enquêteurs.

Elle n'explique pas davantage le geste de son mari. «Les conflits étaient permanents, mais il aimait ses enfants», assure-t-elle. La piste d'une entrevue mouvementée entre l'homme et son frère est évoqué par le Dauphiné libéré. Une visite qui aurait eu lieu la veille au soir ou le matin même du drame, selon les sources, et qui aurait mis le suspect en furie. Les enquêteurs ont entendu le frère du meurtrier présumé, mais la teneur de la conversation reste un mystère.