La castration physique, la «peine de mort hormonale» en question

DECRYPTAGE Quels effets a-t-elle sur l’activité sexuelle? Peut-elle être légale en France? Le point sur une pratique décriée...

Julien Ménielle

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Un appareil utilisé au 18e siècle pour la castration des chanteurs d'opéra est exposé au Handel House Museum de Londres.
Un appareil utilisé au 18e siècle pour la castration des chanteurs d'opéra est exposé au Handel House Museum de Londres. — DANIEL HAMBURY/EPA/SIPA

Après la castration chimique, la castration physique. «La question de la castration physique peut se poser et être débattue, y compris au Parlement.» Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice, a réagi dans une interview au Figaro Magazine, et sur Europe 1, à la demande de Francis Evrard, qui a pris la plume pour demander à «subir une ablation des testicules par chirurgie». Mais si la garde des Sceaux semble tenter de prendre le pédophile au mot, légiférer sur la castration chirurgicale des délinquants sexuels ne sera pas si simple.

La castration physique, qu'est-ce-que c'est?
Le terme est à la fois médical et vétérinaire. Originellement, il désigne le fait de priver un humain ou un animal de ses facultés de reproduction, en lui retirant ses testicules, ou ses ovaires. La castration peut aussi concerner le pénis, dans le cas des eunuques. Lorsqu'elle est pratiquée pour des raisons médicales (comme pour retirer une tumeur ou dans le cas d'un traumatisme comme la torsion), on parle d'ablation des testicules ou orchidectomie. L'intervention, comme les suites opératoires, sont simples, et la convalescence est courte. Un traitement hormonal de substitution est alors proposé au patient, ce qui lui permet de conserver une vie sexuelle.

La castration physique, ça existe ailleurs?
Oui. Dans son courrier, Francis Evrard évoque le Canada. Mais en Europe, la castration chirurgicale est aussi pratiquée. En Suisse notamment, où un homme aujourd'hui âgé de 63 ans a raconté au Figaro en avoir réclamé une il y a cinq ans. Il ne s'agit cependant pas d'une décision de justice. L'homme, casier judiciaire vide, avait peur de ses propres pulsions et s’est donc fait castrer... à sa demande. En République tchèque, la castration physique est pratiquée, mais sur les délinquants sexuels condamnés.

Quels effets a la castration physique sur l’activité sexuelle?
Au niveau purement médical, l’opération n'annihile pas forcément l’activité sexuelle. Du moins, rien n’a encore été prouvé. «Cette opération ne garantit pas une totale absence d'activité sexuelle», a expliqué au Figaro Pierre Lamothe, chef du service du service médico-psychologique régional de Lyon. Contacté par 20minutes.fr, le Dr Jacques Waynberg, président de l'Institut de sexologie, médecin légiste et criminologue, confirme: «Elle condamne à la stérilité, mais l'érection reste possible». De plus, selon le spécialiste, «on sait que les castrés peuvent conserver des pulsions naturelles». Francis Evrard lui-même est impuissant, ce qui ne l'a pas empêché de violer le petit Enis.

Quels sont les arguments des détracteurs de la méthode?
Le caractère irréversible de l’opération suscite le tollé. «C'est une proposition fasciste, c'est la peine de mort hormonale», dénonce Jacques Waynberg. Selon le spécialiste, «seuls des pouvoirs politiques fascistes ont franchi ce cap de déshumanisation de l'individu, comme les nazis lors des campagnes de stérilisation forcées d'handicapés mentaux». Contacté par 20minutes.fr, Mathieu Bonduelle, du syndicat de la magistrature, sent lui aussi derrière cette proposition «la nostalgie de la peine de mort». Mais le juge d'instruction rappelle «la récidive est marginale, de l'ordre d'1%, pour les crimes sexuels» et s'inquiète de la «disproportion» que représente une «mutilation définitive» pratiquée par «précaution». Reste que Bernard Debré avait assuré en 2007 que la castration dite chimique permettait d'atteindre «exactement le même résultat avec une injection».

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La pratique peut-elle vraiment être mise en place en France?
Ce n'est pas impossible. En février dernier, le Conseil de l'Europe a rappelé la République tchèque à l'ordre en les appelant à mettre un terme à cette pratique, contraire à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, interdisant la torture et les traitements inhumains ou dégradants. «Si des parlementaires prenaient la responsabilité d'une proposition de loi en ce sens, le France serait condamnée par la cour européenne des droits de l'homme (CEDH)», assure Mathieu Bonduelle. Avant d'ajouter toutefois que «parfois, le pouvoir politique se moque des décisions de la CEDH». Contacté par 20minutes.fr, le Conseil de l'Europe a refusé de commenter la situation en France, faute d'éléments suffisants.