Les enseignants vont-ils boycotter la lecture de la lettre de Guy Môquet?

EDUCATION Les syndicats ne donnent pas de consigne particulière pour jeudi...

Catherine Fournier et C. C.

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Le gouvernement envisage de pérenniser la journée de commémoration de Guy Môquet, dont l'organisation lundi dans les lycées a créé la controverse, sous la forme d'une journée "consacrée à la jeunesse résistante", a déclaré jeudi son porte-parole Laurent Wauquiez.
Le gouvernement envisage de pérenniser la journée de commémoration de Guy Môquet, dont l'organisation lundi dans les lycées a créé la controverse, sous la forme d'une journée "consacrée à la jeunesse résistante", a déclaré jeudi son porte-parole Laurent Wauquiez. — Olivier Morin AFP/Archives

Sa lecture sera bien obligatoire. Reste à savoir si tous les enseignants concernés se plieront à cette consigne. Jeudi, les profs d'histoire-géographie, de lettres, de philosophie et tous ceux qui se portent volontaires devront lire devant leurs élèves de lycée la lettre de Guy Môquet, ce jeune résistant communiste fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941.
 
Lorsque cette initiative avait été mise en place en 2007 par Nicolas Sarkozy, le sujet avait été houleux, et Xaxier Darcos et Rachida Dati, alors ministre de l'Education et ministre de la Justice, avait été chahutés à cette occasion. En 2008, la mobilisation des enseignants récalcitrants avait moins fait parler d'elle. Qu'en sera-t-il cette année?
 
«Des coups de pression sur quelques établissements»
 
Selon le Snes (principal syndicat, à gauche), «la situation est très diverse». «Il y aurait eu des coups de pression sur quelques établissements pour qu'ils fassent lire la lettre de Guy Môquet» et communiquent à ce sujet, croit savoir le syndicat, contacté par 20minutes.fr. Selon Le Figaro, un lycée de Saint-Denis de la Réunion prévoit ainsi une cérémonie avec lever du drapeau, minute de silence, sonnerie aux morts et chant des partisans.
 
«Mais pour les autres établissements, aucune cérémonie particulière n'est prévue, indique le Snes. Pour nous, cela fait deux ans que l'affaire est close et les enseignants dans leur ensemble ne feront pas lire cette lettre, sauf éventuellement dans des établissements zélés.»

Un professeur d'histoire-géographie dans un lycée de Grenoble joint par 20minutes.fr, confirme qu'aucun de ses collègues n'a pas prévu de lire la lettre, même si leur proviseur les a incités à le faire. Pour sa part, il aura la lettre sur lui et «répondra aux éventuelles questions de ses élèves», pas plus. 
 
Le Snalc (syndicat classé à droite) est moins catégorique. «La majeure partie des collègues vont la lire», pronostique Bernard Kuntz, son président. Le syndicat n'a pas donné de consignes particulières. Mais il déplore que «le pouvoir politique interfère ainsi dans les pratiques pédagogiques, poursuit Bernard Kuntz. Le sentiment qui domine dans les salles de profs, c'est "on aimerait qu'on nous fiche la paix".»
 
«En dehors de tout contexte»
 
Un avis partagé par une enseignante d'histoire-géographie dans un lycée lyonnais. «Depuis le début, je n'ai pas participé à cette lecture que je trouve ridicule. On en reparle aujourd'hui mais l'année dernière, tout le monde avait oublié. Je ne pense pas que cette initiative soit intéressante, elle n'a pas sa place dans l'enseignement de l'histoire. On peut parler de cette lettre dans le programme mais une lecture, comme ça, en dehors de tout contexte, cela n'a aucune vertu pédagogique», confie-t-elle à 20minutes.fr
 
Au ministère de l'Education, on rétorque que cette lecture s'inscrit toujours, au contraire, dans un contexte pédagogique. «L'année dernière, on avait élargi à l'engagement des jeunes européens, à l'occasion de la semaine de l'Europe à l'Ecole. Cette année, on suggère d'évoquer l’appel du 18 juin 1940 dont le soixante-dixième anniversaire sera célébré l’an prochain», explique-t-on rue de Grenelle. En dehors de la lettre de Guy Môquet, la lecture d'autres textes ou poèmes de résistants est ainsi préconisée chaque année.