Les régions ont du mal à avaler le projet

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Les élus régionaux, grands perdants de la réforme. Le Président prévoit que des « conseiller territoriaux » désignés dans chaque canton - territoire des conseillers généraux - soient à la fois conseillers généraux et conseillers régionaux. Les deux assemblées seraient conservées, mais composées des mêmes représentants. Un coup dur pour les élus des régions, principalement de gauche, au profit des élus départementaux, majoritairement à droite. Nicolas Sarkozy espère ainsi économiser 3 000 postes d'élus sur 6 000 actuellement.

Un nouveau mode de scrutin, uninominal unitaire à un tour, devrait profondément changer la manière de fonctionner des partis. Si les deux tours permettent aujourd'hui à tous de se présenter au premier tour puis de s'allier, il faudra désormais emporter la majorité des suffrages du premier coup pour être élu. Dans chaque département, 20 % des sièges seront réservés à l'opposition, proportionnellement aux scores réalisés par chaque candidat.

Côté calendrier, Nicolas Sarkozy contrarie encore les rouages régionaux, puisqu'il souhaite installer ces conseillers territoriaux en 2014, deux ans avant la fin du mandat des assemblées régionales, qui seront élues en mars prochain. Une année qui n'est pas choisie au hasard, puisqu'elle correspond au renouvellement des maires et des conseillers généraux.

Les conseillers territoriaux devraient renoncer à la clause de compétence générale, qui permet aux élus départementaux et régionaux de s'autosaisir des sujets qu'ils souhaitent. En revanche, cette clause subsistera pour l'Etat et les maires, qui sortiront renforcés de l'opération.

Les vingt présidents des conseils régionaux de gauche, furieux, se sont rendus hier à l'Assemblée nationale pour dénoncer « une réforme habile mais d'un cynisme total ». Alain Rousset, président de la région Aquitaine et de l'Association des régions de France, rappelle que celles-ci « réalisent 75 % des investissements du pays. Pour la première fois depuis trente ans, la décentralisation marque un coup d'arrêt. » Jean-Paul Huchon, président de l'Ile-de-France, s'étrangle : « Comment l'Etat ose-t-il nous donner des leçons de gestion ? On a des pertes de recettes abyssales, mais on bouclera notre budget. » Pour lui, « le conseiller territorial est un monstre. On va attaquer juridiquement, car la Constitution impose que les élus aient un territoire, ce qui ne sera pas le cas. » Les élus contestent enfin les chiffres des recrutements avancés par le Président. « Et quand on embauche, c'est pour compenser les manques de l'Etat. » W

Magali Gruet et Charlotte Mannevy