Sarkozy redessine la carte de France

Christophe Joly

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Le président de la République lors de son discours à Saint-Dizier, hier.
Le président de la République lors de son discours à Saint-Dizier, hier. — E. FEFERBERG / AFP

Alors que les polémiques s'enchaînent, Nicolas Sarkozy s'est placé sur le terrain de l'histoire pour présenter sa réforme des collectivités territoriales. Des monarchies capétiennes à la Révolution, le chef de l'Etat a dispensé hier à Saint-Dizier (Haute-Marne), pendant de longues minutes, un cours d'histoire politique digne d'un maître de conférences, créditant François Mitterrand d'avoir donné « l'impulsion décisive » à la décentralisation en 1982. « C'est une manière pour lui de repartir vers une stature plus présidentielle », explique Vincent Tiberj, chercheur à Sciences-Po et au Centre d'études européennes.

En moins d'une heure, Nicolas Sarkozy a dessiné une nouvelle carte de la France : chaque canton aura un seul élu, le conseiller territorial, qui siégera au département et à la région, annonçant une fusion des deux collectivités (lire ci-dessous), un scrutin uninominal à un tour, la réduction du nombre d'élus, la fin de la taxe professionnelle... Epinglant au passage les 38 000 postes créés en 2008 dans les collectivités locales et les 40 milliards d'euros de dépenses supplémentaires entre 2003 et 2007.

Sur le fond, « il n'y a rien de plus que ce à quoi on s'attendait, précise Michel Lascombe, professeur de droit à l'IEP de Lille. Bon nombre de ces mesures étaient préconisées par le rapport Balladur. Ce qui en fait quand même une réforme d'importance. » Réforme qui suffira à éteindre les polémiques qui s'allument jour après jour ? « C'est trop tôt pour le savoir, estime Vincent Tiberj. La réforme des collectivités territoriales comporte énormément d'aspérités, avec la suppression de la taxe professionnelle qui sème le trouble dans sa majorité, la fusion entre régions et départements et surtout la réforme du mode de scrutin. » Anticipant les critiques de la gauche à ce sujet, Nicolas Sarkozy a rappelé qu'il s'agit d'une idée lancée par Léon Blum en 1926, qui figurait au programme du PS en 1972. Pourtant, cette mesure pourrait profiter à l'UMP. « Les élections à un tour favorisent les partis unis dès le premier tour, comme l'UMP, détaille Michel Lascombe. Les petits partis vont disparaître de la scène locale, là où ils sont les mieux implantés. » En dépit des 20 % de proportionnelle annoncés par Nicolas Sarkozy. Toutefois, ces débats pourraient ne pas sortir de l'arène politique. « Cela ne va pas interpeller l'opinion. A l'inverse des polémiques récentes », tranche Vincent Tiberj. W