David Douillet, ancien sportif et député hors normes

PORTRAIT Elu dimanche député des Yvelines, le judoka français le plus titré de l'histoire se lance un nouveau challenge. Portrait d'un ancien sportif reconverti en politique et ministrable...

Bérénice Dubuc

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David Douillet, judo Olympic champion in 1996 and 2000, poses, 03 October 2007 at the French Health and Sports ministry in Paris, during a ceremony celebrating the eight French judo medal winners in the world judo championships in Rio de Janeiro last September. AFP PHOTO LOIC VENANCE
David Douillet, judo Olympic champion in 1996 and 2000, poses, 03 October 2007 at the French Health and Sports ministry in Paris, during a ceremony celebrating the eight French judo medal winners in the world judo championships in Rio de Janeiro last September. AFP PHOTO LOIC VENANCE — AFP PHOTO / LOIC VENANCE

Le «poids lourd» du judo français sera-t-il aussi fort à l’Assemblée? David Douillet judoka, ce sont deux titres olympiques (en 1996 à Atlanta et en 2000 à Sydney), quatre titres de champion du monde et un de champion d'Europe. David Douillet politicien, c’est une nomination en mars dernier au poste de secrétaire général à la «vie sportive» de l'UMP, et un mandat de député (UMP) des Yvelines depuis dimanche.
 
Jean-Michel Rascol, rédacteur en chef adjoint des sports à RTL, et ami de longue date de l'ancien sportif, considère que «la politique, ce doit être un moyen pour lui de faire changer les choses. Il a un désir profond d’être avec les gens.» Et Edouard Courtial, député-maire UMP d’Agnetz, également proche de David Douillet, de dépeindre un homme «pugnace, qui ne laisse rien au hasard». L'intéressé l’a dit lui-même au lendemain de sa victoire: il veut «s'investir à 100%» et «être en permanence sur le terrain». À 40 ans, il s’attaque à un autre sport de combat: la politique.
 
Un défi à relever
 
En 1996, un accident de moto lui avait permis de rebondir et de partir à l’attaque de deux médailles d’or – l’une aux championnats d’Europe, l’autre aux mondiaux. Au même titre, la politique représente un nouveau challenge à relever, un défi à la dimension du personnage (1m96, 125 kilos à l'époque où il officiait sur les tatamis). C’est un milieu que le spécialiste du uchi-mata et du o-uchi-gari connaît moins bien, mais pour lequel il a un atout particulier: «Il n’a aucun complexe, quelle que soit la personne en face», note Jean-Michel Rascol. Le journaliste raconte: «Quand il était judoka, David avait l’habitude de ne jamais se renseigner sur son adversaire de la journée; il évitait ainsi de se faire des films avant la rencontre. C’est la même chose avec les gens de pouvoir. Rencontrer un grand champion ou rencontrer un grand de ce monde, cela revient finalement au même.» Une façon d'aborder les autres qui lui permet d’être «aussi à l’aise avec les hommes politiques qu’avec son boulanger ou son fleuriste».
 
Son atout: sa popularité
 
Autre atout de poids pour la politique: là où certains mettent toute une vie à se faire un nom, David Douillet a déjà une image auprès du grand public, avant même d’avoir commencé. Parrain de l'opération «Pièces Jaunes», ambassadeur pour la jeunesse auprès de l'Unesco, David Douillet a son nom dans le Larousse et sa statue de cire au musée Grévin depuis 1997. Il est toujours dans le top 10 des personnalités préférées des Français.

Il a encré son engagement politique à droite, d'abord auprès des Chirac, même si «faire partie de l'opération "Pièces Jaunes" ne fait pas de lui un chiraquien», selon Edouard Courtial. Jean-Michel Rascol ajoute qu'il est «proche de la famille Chirac sur un plan personnel, pas politique. Il est un peu le fils que Jacques Chirac n'a pas eu, mais politiquement, il est très proche, aujourd'hui, de Nicolas Sarkozy
 
Sa côte de popularité peut en tout cas augurer d’une longue carrière. Pour Edouard Courtial, ce poste de député n’est qu’un début: «Il en a encore sous le pied, même s’il ne recherche pas les flashs.» Jean-Michel Rascol est d’accord: David Douillet pourrait être ministrable, peut-être pas uniquement dans les sports: «C’est quelqu’un qui a une grande famille, donc pourquoi pas le ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville. Il a aussi des choses à dire sur les personnes âgées.» L’ami de 20 ans ajoute que le côté gaffeur de l’ancien judoka sera aussi intéressant à observer. Mais il tempère: «David ne sera jamais sifflé à l’Assemblée. Il inspire le respect par le physique. Comme le disait Audiard, "Les gens de 120 kg, quand ils ont quelque chose à dire, ceux de 60 kg les écoutent".» En attendant de s’imposer en faisant ses preuves en politique.