Comment a-t-on pu ignorer aussi longtemps les stocks de plutonium de Cadarache?

DECRYPTAGE La découverte de kilos de plutonium non référencés dans un atelier du centre d'énergie atomique de Cadarache dans les Bouches-du Rhônes, relance le débat sur la maîtrise de la gestion des stocks et des déchets radioactifs en France…

Maud Descamps et O. R.

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Le Commissariat à l'énergie atomique pose lundi dans son centre de Cadarache (Bouches-du-Rhône) la première pierre du réacteur de recherche Jules Horowitz, destiné à tester le vieillissement des matériaux mis en oeuvre dans les futures centrales nucléaires.
Le Commissariat à l'énergie atomique pose lundi dans son centre de Cadarache (Bouches-du-Rhône) la première pierre du réacteur de recherche Jules Horowitz, destiné à tester le vieillissement des matériaux mis en oeuvre dans les futures centrales nucléaires. — Boris Horvat AFP/Archives

La semaine passée, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) avait indiqué avoir signalé à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un incident constaté lors d'opérations d'assainissement de son atelier de technologie du plutonium, à l'arrêt depuis 2003 et situé à Cadarache. L'ASN qui estimait les dépôts de plutonium à 8 kilos, a indiqué que «la quantité totale pourrait s'élever à près de 39 kg». L'ASN (...) a aussitôt suspendu les opérations de démantèlement dans l'installation, exploitée par Areva.

L'incident a révélé, non seulement, une incapacité à maîtriser et à comptabiliser les stocks de plutonium, une matière radioactive extrêmement dangereuse ; mais aussi un manque de transparence dans le système de contrôle de ce type de site. L'anomalie n'a été signalée aux autorités, par l'exploitant, que trois mois après avoir été découverte.

Y avait-il un risque de dispersion nucléaire?
Difficile de le dire tant que l'expertise sur le terrain n'est pas terminée. «Il faudra donc attendre de connaître les conditions exactes dans lesquelles était stocké le plutonium pour évaluer le risque auquel ont été exposés les travailleurs et la population», explique Bernard Laponche, ancien directeur général de l'Agence française pour la maîtrise de l'énergie (ADEME), expert en politique de l'énergie. Mais on sait que l'atelier était conçu pour stoker 8 kilos de plutonium. 39 kilos ont été découverts au total.

Y avait-il un risque pour la population?
Si le risque d'explosion n'est pas avéré, les faits demeurent très graves. «La maîtrise des quantités de plutonium devrait se faire à l'échelle de grammes, or ici, on parle d'un écart de 20 kilos entre la quantité découverte et celle référencée», explique Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et responsable de laboratoire de la CRIIRAD, Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité. «Si cette matière fissile se disperse dans la nature, les risques de cancers et de pollution sont énormes», souligne-t-il ajoutant que les risques étaient élevés pour les travailleurs chargés de démanteler l'installation.

Pourquoi l'exploitant n'a pas prévenu les autorités plus tôt?

Contacté par 20minutes.fr Areva indique s’en remettre aux déclarations du CEA sur ce sujet. Le CEA, de son côté, a publié un communiqué sur son site Internet affirmant avoir fait part du problème «oralement à l’Autorité de sûreté nucléaire», le 11 juin dernier.  «Le même constat a été présenté aux inspecteurs de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) au cours d'une inspection qu'ils effectuaient les 1er et 2 juillet 2009, à la demande du Haut Fonctionnaire de Défense et de Sécurité (HFDS)», précise également le communiqué.

Comment peut-on se tromper dans la comptabilité de kilos de plutonium?
Les mesures de sûreté ne sont pas adaptées. «Il y a clairement un manque de rigueur dans la maîtrise des stocks», dit Bruno Chareyron. Des kilos de plutonium auraient pu disparaître sans que personne ne s'en rende compte. «Il ne faut pas banaliser ce type d'accident, qui est très grave», ajoute-t-il.

Qui contrôle la gestion et le stockage de ces matières?

«L'autorité de contrôle n'a pas de moyens suffisants pour contrôler en permanence toutes les installations» explique l'ingénieur en physique nucléaire. Il y a donc un problème de transparence dans la gestion et la maîtrise de ces matières très dangereuses.