Incident au centre d'énergie atomique de Cadarache: plus de plutonium que prévu

BOUCHES-DU-RHONE L'équivalent de cinq bombes nucléaires est stocké dans le centre en cours de démantèlement...

M. D. avec agence

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Le Commissariat à l'énergie atomique pose lundi dans son centre de Cadarache (Bouches-du-Rhône) la première pierre du réacteur de recherche Jules Horowitz, destiné à tester le vieillissement des matériaux mis en oeuvre dans les futures centrales nucléaires.
Le Commissariat à l'énergie atomique pose lundi dans son centre de Cadarache (Bouches-du-Rhône) la première pierre du réacteur de recherche Jules Horowitz, destiné à tester le vieillissement des matériaux mis en oeuvre dans les futures centrales nucléaires. — Boris Horvat AFP/Archives

Les stocks sont bien plus importants que prévu. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a décidé de classer au niveau 2 de l'échelle Ines (qui mesure la gravité des accidents nucléaires entre 1 et 7), un incident survenu sur un site du CEA (centre d'énergie atomique) à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône.

L'ASN a également ordonné l'arrêt des travaux sur cette installation en cours de démantèlement, selon un communiqué diffusé mercredi. Jean-Louis Borloo, ministre de l'Environnement, a demandé «la transparence la plus complète». Une information qui survient quelques jours après une polémique sur le traitement des déchets radioactifs par la France.

Un incident caché pendant trois mois

La semaine passée, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) avait indiqué avoir signalé à l'ASN un incident constaté lors d'opérations d'assainissement de son atelier de technologie du plutonium, à l'arrêt depuis 2003 et situé à Cadarache. Le CEA affirmait avoir repéré des dépôts de plutonium supérieurs à ses prévisions, lors du démantèlement de boîtes à gants, enceintes étanches permettant d'accéder de façon sécurisée à des zones contenant de la matière nucléaire.

Dans un communiqué, l'ASN souligne que les dépôts «évalués à environ 8 kg pendant la période d'exploitation de l'installation» étaient en fait «de l'ordre de 22 kg et le CEA estime que la quantité totale pourrait s'élever à près de 39 kg». «L'ASN (...) a suspendu les opérations de démantèlement dans l'installation et a soumis leur reprise à son accord préalable», précise le communiqué qui insiste sur le décalage entre le signalement de l'incident par le CEA (le 6 octobre) et la connaissance du problème (juin).

«Ce délai est tout à fait inacceptable», a commenté Laurent Kueny, chef de la division de Marseille de l'ASN qui pointe par ailleurs un «problème de méconnaissance partielle» des données concernant les quantités de matière présente. Contacté par l'AFP, le CEA a expliqué avoir déclaré l'incident en octobre préférant «attendre d'avoir une vision globale des stocks» de matière.

Une des situations les plus graves

«Nous estimons que la découverte à Cadarache de plusieurs kilos de plutonium ayant échappé à tout inventaire constitue une des situations les plus graves et les plus critiques que l'on ait pu rencontrer dans une installation nucléaire depuis longtemps. C'est tout simplement hallucinant» a réagi le responsable de la campagne énergie/nucléaire de Greenpeace France, Yannick Rousselet.  
 
«Il est quand même incroyable que la comptabilité du plutonium qui devrait se faire en grammes - or, là, on parle quand même de l'équivalent de cinq bombes nucléaires - on ne soit pas capable de la faire à la dizaine de kg près, c'est hallucinant», a déclaré à Yannick Rousselet.

QUE FAIT-ON AU CEA DE CADARACHE?

Créé en 1964, l'installation en question baptisée ATPu a eu pour activité principale la production de combustible MOX pour les réacteurs nucléaires. Son activité industrielle a été arrêtée en 2003 et elle était en cours de démantèlement depuis mars 2009.