«Je n'ai écrit ce manuel féministe ni pour absoudre ni pour accabler Eric Besson»

INTERVIEW Sylvie Brunel, ex-femme du ministre de l'Immigration Eric Besson et auteur d'un très attendu «Manuel de guérilla à l'usage des femmes» (éd. Grasset)...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Sylvie Brunel, auteure de "Manuel de guérilla à l'usage des femmes" aux éditions Grasset,  et ex-femme du ministre de l'Immigration Eric Besson, le 14 octobre 2009, à Paris.
Sylvie Brunel, auteure de "Manuel de guérilla à l'usage des femmes" aux éditions Grasset,  et ex-femme du ministre de l'Immigration Eric Besson, le 14 octobre 2009, à Paris. — S.POUZET / 20 MINUTES
Comment définiriez-vous votre livre?
Il est à mi-chemin entre le récit et l’essai. C’est un vrai manuel féministe pour les femmes qui veulent garder la tête haute. Elles ne doivent pas accepter d’être enfermées dans une sorte de dévalorisation liée à leur âge, au fait que le regard de l’homme se détourne d’elles parce qu’elles ne sont plus très jeunes. Je voulais faire depuis longtemps un livre sur la situation des femmes à mi-vie, abandonnées par leur mari et qui se retrouvent dans des situations difficiles. Je ne pensais pas que cela m’arriverait, mais le fait est que mon histoire, et le fait qu’Eric Besson y soit mêlé donne une amplification particulière à mon propos.

Comment ce Manuel a-t-il été accueilli?
Il y avait beaucoup d’attente: le livre devait sortir en novembre, mais la date de sortie a été avancée par l’éditeur parce que ça chauffait trop. Depuis quinze jours, j’assiste à un déchaînement de haine de la part de ceux qui ne l’ont pas lu, qui affirment que je règle mes comptes, «ce n’est pas beau, c’est indécent». Ceux qui l’ont lu en revanche lui font un accueil très favorable, et comprennent que j’ai tenté de comprendre les causes de cette séparation, sans absoudre ni accabler mon ex-mari. Lequel a très mal pris les attaques sur les chapitres qui lui étaient consacrés - les seuls qu’il a relus avant la sortie du livre.

Ce livre est-il un atout pour les détracteurs de votre ex-mari ou au contraire un atout pour lui, en ce qu’il le rendrait peut-être plus humain?
Jusqu’à présent, je n’avais pas pensé que ce livre pourrait le fragiliser en donnant des clés à ses adversaires. Je ne fais que raconter son parcours, qui explique pourquoi il est l’homme des transfuges. Je ne pense ni le discréditer, ni le réhabiliter, mais montrer un homme dans toute son humanité, qui fait ses choix selon une certaine logique, qui est la sienne du fait de son vécu personnel.

Avez-vous été censurée par votre éditeur, qui est aussi celui d’Eric Besson?
Mon éditeur habituel, Lattès, n’accrochait pas vraiment avec le sujet. Mon ex-mari étant inquiet dès qu’il a su que je préparais un livre, il m’a recommandé le sien, Jean-Paul Enthoven. Je lui ai tout de suite expliqué que j’écrirai ce que je voulais. Il a voulu couper les critiques sur les hommes de cinquante ans, mais je n’ai pas été d’accord. L’autre intervention notable portait sur un chapitre où, comme toute épouse bafouée et en colère, je me lâchais un peu trop sur la nouvelle compagne de mon ex-mari. Jean-Paul Enthoven a, à juste titre, fait valoir que ça ne grandirait pas le livre, et que cela lui ôterait la hauteur sociologique que je souhaitait lui donner.

Quelles sont vos relations aujourd’hui avec votre ex-mari?

Mon histoire est complètement banale. Après la phase de la colère, celle de l’incompréhension et du deuil, j’en suis à présent au temps de l’apaisement. Je commence à accepter l’idée que nos chemins ont divergé, et que le Eric Besson que j’ai connu n’est plus celui d’aujourd’hui. Après tout, chacun a son libre-arbitre, il ne me doit rien. J’ai même parfois un peu de peine aussi pour lui. Finalement c’est moi qui ai la bonne part, lui se retrouve dans la peau de l’homme seul, prêt à tout, qui ose tout, et qui doit livrer les combats qu’il s’est choisi: aller le plus haut possible et laver son honneur. Ce n’est pas facile non plus pour lui.