La vente de cigarettes sur Internet: Histoire d'un «coup de sonde»

DECRYPTAGE Le gouvernement s'apprêtait-il vraiment à autoriser la vente de cigarettes sur Internet ou n'était-ce qu'un effet d'annonce? 20minutes.fr fait le point...

Corentin Chauvel

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Oliver Lang AFP/DDP
D’où vient l’information selon laquelle la France aurait pu permettre la vente de cigarettes en ligne?
D’un article paru dans le quotidien Les Echos ce mercredi. Un article au titre limpide, «Le gouvernement se prépare à autoriser la vente de tabac sur Internet», qui explique que la transposition de la directive européenne 118 doit être effectuée dans le droit français d’ici le 1er janvier 2010 et devra prendre effet en avril prochain.

Que dit vraiment ladite directive européenne 118?
Elle contient un volet sur la vente de cigarettes sur le Net. Contacté par 20minutes.fr, le ministère du Budget indique que la directive 118 du 16 décembre 2008 est un «texte large» qui a pour but de «lutter contre la fraude et faciliter la circulation de produits comme l’alcool et le tabac» en y ôtant des contraintes réglementaires. Ce nouveau cadre juridique englobe notamment la vente sur Internet de ces produits.

Mais selon la Commission européenne, ce texte est avant tout fiscal et n'aborde pas «la question de l'autorisation de vente à distance ou sur Internet du tabac» qui «relève à la fois de la santé et de la libre circulation des marchandises.» Ainsi, la France garderait le libre choix d’autoriser ou non la vente de tabac sur Internet.

Pourquoi l’histoire a-t-elle fait pschittt?
Parce que les politiques ont réagi en démentant. «Je veux redire évidemment ma plus formelle opposition à la transposition d'une directive européenne autorisant la vente du tabac sur Internet», a déclaré ce mercredi le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, ajoutant que Nicolas Sarkozy avait été clair sur ce point.

Eric Woerth a confirmé dans la foulée: «Nous transposerons la directive européenne, mais pas sur la vente de tabac.» La Commission européenne a également démenti ce mercredi vouloir autoriser la vente de tabac sur Internet au sein de l’Union Européenne.

A quoi cette histoire sert pour le gouvernement?
A faire des ballons d’essais. «C’est un coup de sonde», indique le professeur Dautzenberg, président de l'Office français de prévention du Tabagisme, joint par 20minutes.fr. «Cette annonce a été faite dans le seul but de voir la réaction des professionnels du tabac.» Il fustige ainsi une «manipulation médiatique» mais assure ne pas savoir si cela viendrait du ministère du budget ou des Echos qui ont publié l’article qui a mis le feu aux poudres.

«Nous croyons à la parole donnée par Nicolas Sarkozy, Eric Woerth et Roselyne Bachelot mais nous restons vigilants», a indiqué Pascal Montredon, président de la Confédération des Buralistes, contacté par 20 minutes.fr, qui n’a «aucun élément» à donner sur cette rumeur née, comme par hasard, mardi soir, la veille de sa rencontre avec les ministres du Budget et de la Santé.

Quant à la journaliste des Echos, Marie-Josée Cougard, elle assure à 20minutes.fr que les personnes qu’elle a interrogées au ministère du Budget pour écrire son article tenaient des propos très ambiguës. «Je leur ai posé de multiples questions sur les conséquences d’une autorisation de la vente de cigarettes sur Internet et ils me répondaient comme si cela était envisageable», indique-t-elle, tout en soulignant qu’elle ne trouve pas très loyal ce retournement de veste 24h plus tard.