Quand Clearstream vire au cirque

Oriane Raffin, envoyée spéciale au Palais de Justice de Paris

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La salle d’audience de Clearstream s’est transformée en scène de spectacle, ce mercredi après-midi. Petit, trapu, en short, des chaussettes dans ses sandales, un homme s’approche de la barre, en jetant négligemment son pull bleu sur l’une de ses épaules. Cet homme, c’est Gérard Prélorenzo, une des parties civiles du procès. Dans chaque affaire, tout citoyen a le droit de se porter partie civile s’il estime qu’il est concerné. Il peut aussi plaider, sans avocat.

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«Je veux la réouverture de l’instruction», réclame d’emblée Gérard Prélorenzo. Contrairement aux autres parties civiles, son nom n’apparaît pas dans les listings falsifiés. Ce qu’il voudrait, c’est «savoir où sont passés les milliards». «Savoir qui a gribouillé les listings, je m’en fiche!», précise-t-il.

Sorti par trois gendarmes

Devant ses déclarations, le président s’énerve, lui demandant de retourner à sa place. Finalement, l’homme se couche par terre, refusant de bouger. A la demande du président, trois gendarmes interviennent, l’attrapant par les bras et les jambes pour l’expulser de la salle. «J'espère que lundi, Maître Herzog (l’avocat de Nicolas Sarkozy, ndlr) sortira de la même façon du tribunal», s'exclame Patrick Maisonneuve, avocat de Squarcini, une autre partie civile du procès.

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Mais le sketch n’est pas terminé. Une seconde partie civile arrive à la barre. Il s’agit de Joël Bouard, fondateur du HCCDA, un parti royaliste qui réclame: «Halte à la censure, à la corruption, au despotisme, à l’arbitraire!». Puis survient une joute avec le président. Il ne veut pas quitter la barre, il veut s’adresser au président en personne. «Allez à votre place, celle des parties civiles, avec le micro, que tout le monde vous entende.»

«Cette audience était déjà suffisamment psychiatrisée»

S’ensuit un discours décousu, que Joël Bouard conclut en réclamant «50 millions d’euros à Sarkozy». Les avocats et les journalistes, présents dans la salle, sont hilares. Qu’importe, Bouard demande également la relaxe de tous les prévenus. «Laissez-le parler», défend alors l’un des avocats de Jean-Louis Gergorin, visiblement intéressé par ce soutien inattendu. Mais non, il ne pourra pas parler plus longtemps. Deux gendarmes l’escortent déjà vers la sortie.

«Cette audience était déjà suffisamment psychiatrisée», s’amuse de nouveau Patrick Maisonneuve. Imad Lahoud, lui, regarde. Incrédule. «Il a trouvé plus fort que lui», s’exclame un journaliste.