« Corriger ce qui ne va pas, sans déstabiliser ce qui marche »

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S. POUZET / 20 MINUTES

Pourquoi le Président reprend-il la main sur une réforme aussi risquée ?

Le président de la République s'est beaucoup impliqué dans cette réforme. Au printemps dernier, c'est lui qui a nommé Richard Descoings à la tête d'une mission de consultation. Il l'a dit clairement : nous faisons cette réforme parce qu'elle est nécessaire. Ça n'est pas son genre de se cacher derrière ses responsabilités. Il assume.

Le diagnostic posé est assez sévère. Le lycée va-t-il si mal ?

Non, pas sévère, lucide. En trente ans, le lycée a ouvert grand ses portes. Aujourd'hui, 66 % d'une classe d'âge obtient le bac, contre moins de 26 % en 1980. Mais on a réussi la quantité, pas la qualité. Cinquante mille jeunes quittent chaque année le lycée sans passer le bac, et un étudiant sur deux échoue en première année à la fac, notamment car ils ont été mal orientés.

Justement, comment rendre l'orientation « réversible » ?

La seconde reste ce qu'elle est : une classe de détermination. La nouvelle première permettra de corriger les trajectoires. Par exemple, un élève à la peine en S pourra, s'il le souhaite, passer en ES à Noël à la suite d'un stage passerelle décidé par le conseil de classe. Il suivra les cours nécessaires, pendant une semaine sur les vacances de Noël, de février ou de printemps. Et pour éviter à un lycéen de redoubler, des stages de remise à niveau seront également proposés l'été. Des professeurs volontaires vont aussi être formés pour mieux orienter chaque élève. Par exemple, en faisant venir des parents pour expliquer leur métier.

Le rapport Apparu préconisait la suppression des filières. Pas vous ?

Non, ce qu'il faut, c'est les rééquilibrer, pour les revaloriser. Par exemple, la filière L, dont nous voulons faire une section d'excellence, en langues notamment. On envisage aussi d'introduire une initiation au droit. Quant aux bacheliers technologiques, nous voulons leur réserver des places dans les BTS et IUT. Mais tout cela va faire l'objet de discussions avec les acteurs du monde éducatif dans les semaines qui viennent.

Cette réforme est moins ambitieuse que la précédente, qui avait jeté les jeunes dans la rue. Pourquoi ?

Il ne faut pas comparer. Ce que je veux, c'est corriger en profondeur ce qui ne va pas, sans déstabiliser ce qui marche ! Des changements majeurs sur l'orientation, pour passer d'une orientation couperet à une orientation choisie ; des mesures ambitieuses, comme l'accompagnement personnalisé.

Pas un mot sur le bac. A quoi ressemblera-t-il en 2012 ?

On n'y touche pas. Le bac, c'est une institution. Mais il évoluera forcément puisque nous réformons. Par exemple, dans le contenu des épreuves, avec notamment davantage d'examens de langues étrangères.

La nouvelle seconde doit voir le jour dès la rentrée prochaine. Les syndicats vont crier à la précipitation...

Cela fait plus d'un an qu'on travaille sur le sujet. On a mené des concertations très longues. Et puis la crise n'attend pas : elle révèle un besoin d'éducation. Il faut envoyer un signal fort à la jeunesse.

Cette réforme est-elle applicable avec 16 000 enseignants de moins en 2010 ?

Le Président a été très clair, il va continuer à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mais la réforme du lycée n'est pas faite pour faire des économies, le taux d'encadrement va rester constant. W

Recueilli par Laure de Charette