Les black blocs sont-ils derrière les évènements de Poitiers?

DECRYPTAGE La police agite la menace de l'«ultra gauche», mais le mode opératoire évoque plutôt ces groupes de manifestants assez particuliers...

Julien Ménielle

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La manifestation d'un collectif anticarcéral s'est soldée par des dégradations, le 10 octobre 2009, à Poitiers.
La manifestation d'un collectif anticarcéral s'est soldée par des dégradations, le 10 octobre 2009, à Poitiers. — VALERIE BRIDARD SEILER/AFP
Que s'est-il passé à Poitiers?
C'est l'histoire d'une fête qui a mal tourné. A savoir le festival des Expressifs, sur les arts de la rue, prévu samedi. Un collectif anticarcéral décide de manifester sur le mode «festif» pour protester contre la mise en service de la prison de Vivonne. Au programme, des débats, des concerts, et une manifestation à 16h30. Ils sont 250 à 300 à se masser dans le centre-ville poitevin. Mais l'un des organisateurs raconte sur Le Post que, vers 17h15, d'autres personnes se joignent au cortège. «Des insurrectionnalistes de la mouvance anarchiste qui prônent la destruction du pouvoir par l'insurrection», selon le jeune homme. «Dix minutes après, ça dégénérait», selon lui.

Pourquoi accuser les black blocs?
Si la police brandit à nouveau la menace de l'«ultra-gauche», les blacks blocs sont évoqués dans les médias. Pour Le Monde, le mode d'action ne laisse aucun doute sur l'identité des fauteurs de trouble. Le site du quotidien du soir énumère les points communs: l'irruption cagoulée au milieu d'un «événement festif», les «fumigènes» et les «masses» dissimulés sur le parcours de la manifestation, et les vêtements noirs portés par les nouveaux venus.

Un black bloc, c'est quoi?
«On lit beaucoup d'âneries sur les black blocs», prévient Geoffrey Pleyers, sociologue au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (Cadis) et auteur d'une thèse sur le sujet. Contacté par 20minutes.fr, le spécialiste décrit «des groupes de jeunes et de moins jeunes, habillés de noir et masqués, participant à des manifestations et répondant à trois types de logique». Selon lui, il convient de distinguer les simples casseurs «pas du tout politisés, qui se joignent aux grands rassemblements et se livrent à des actions violentes» des deux autres types de black blocs, «qui sont tout sauf des abrutis qui se contentent de jeter des pavés sans réfléchir».

Quels sont les autres types de black blocs?
Des individus véritablement politisés, dont une majorité est «totalement pacifiste», selon Geoffrey Pleyers. Certains, cependant, prônent des modes d'action plus radicaux, mais le sociologue estime qu'il convient de «relativiser leur violence». Sans cautionner le vandalisme, le spécialiste note que «les dégradations causées par les black blocs sont le plus souvent symboliques» et s'en prennent aux représentations de ce qu'ils combattent, sans s'attaquer aux personnes. A Poitiers, la boutique Bouygues a été la cible privilégiée des manifestants, ornée de l'inscription «Bouygues construit les taules».

Alors, qui peut être derrière les événements de Poitiers?

Probablement un panaché des différents types de blacks blocs, selon Geoffrey Pleyers. De purs casseurs, mais aussi quelques individus sensibles à la cause anticarcérale des organisateurs de la manifestation. «Ensuite, il suffit que trois ou quatre personnes lancent des pierres, et c'est l'escalade entre les forces de l'ordre qui réagissent et d'autres manifestants solidaires». Pour la police en charge de l'enquête, cependant, les black blocs seraient «a priori» étrangers aux violences de Poitiers. En déplacement sur place, Brice Hortefeux a quant à lui ciblé d'obscurs «groupuscules», à débusquer et à dissoudre.