Le crédit revolving, un vrai danger pour les consommateurs?

SOCIETE La ministre de l'Economie ne compte pas interdire le crédit revolving, mais seulement responsabiliser ce type de crédit à la consommation...

Bérénice Dubuc

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Paiement sur Internet par carte bancaire.
Paiement sur Internet par carte bancaire. — SIPA

Pas d’interdiction. Comme elle l’avait expliqué la veille, la ministre de l'Economie Christine Lagarde a annoncé lundi des mesures supplémentaires à son projet de loi sur le crédit à la consommation lors d'une conférence de presse en Seine-Saint-Denis. Parmi elles, l’encadrement, et non la suppression du crédit renouvelable, également appelé crédit revolving. Bon ou mauvais choix pour l’économie française?
 
Le crédit revolving est créateur de richesses
Christine Lagarde l’a redit, ce type de crédit est «utile pour des consommateurs». Neuf millions de ménages l'utilisent, et 40% du chiffre d'affaires des entreprises de vente par correspondance est réalisé par ce biais. «Il y a des milliers d'emplois à la clef», explique la ministre.

Alexander Law, chef économiste de Xerfi, confirme: le crédit revolving est effectivement utile, par exemple pour les Français qui apprécient de pouvoir payer en plusieurs fois. Il explique: «Interdire le crédit revolving, ce serait aller trop loin. Une économie moderne comme celle de la France a besoin de crédit.» Car quand le crédit est au plus bas, l’économie française va moins bien: le crédit permet la création monétaire, ce qui incite la consommation des ménages. Or, depuis 2002, la consommation des ménages constitue entre 60 et 100% de la croissance économique de la France.
 
Le crédit renouvelable augmente le surendettement

Pourtant, José Martinez, président du Cresus Gironde (Chambre Régionale du Surendettement Sociale), qui traite les dossiers d'endettement et de surendettement, considère qu’il aurait fallu interdire ce type de crédit, qui «asphyxie les consommateurs, car, en très peu de temps, le taux passe à 20-21%, ce qui est quasiment un taux d’usure

Alexander Law confirme: «Les grands gagnants sont les banques et les organismes de crédit, qui empruntent à bas taux et peuvent aller jusqu’à 20% de taux effectif global (TEG)». Si José Martinez reconnaît que Christine Lagarde «ne veut pas être trop dure avec les crédits pour ne pas faire chuter le commerce», il rappelle que, pour un prêt personnel classique aujourd’hui, le taux est «entre 4 et 6%». «Le gouvernement pourrait très bien supprimer les revolving et donner plus de souplesse dans l’obtention des crédits classiques».
 
Simplement «encadrer» le crédit revolving, est-ce suffisant?

La ministre souhaite interdire la facturation des intérêts «intercalaires» (calculés au taux du prêt et qui se rajoutent au coût initial de votre crédit) par les banques aux ménages qui ont respecté leur plan de désendettement. Elle veut aussi que les consommateurs qui aujourd'hui, peuvent rembourser indéfiniment les intérêts d'un crédit sans cesse renouvelé, remboursent désormais une partie du capital. Une «avancée», selon José Martinez, qui indique que «30% des consommateurs ayant un crédit revolving ne savent pas qu’ils devront payer environ le double de leur emprunt initial au bout de 2 ou 3 ans, à cause des intérêts».

Le président du Cresus Gironde déplore cependant que la création d’un fichier recensant toutes les personnes ayant souscrit un crédit ait été repoussée. «Cela aurait permis au consommateur de rester dans la limite de ce qu’il peut rembourser, comme c’est le cas en Belgique, en Allemagne ou en Espagne.»

Alexander Law considère qu’il faut également responsabiliser les emprunteurs, à l’aide de spots d’information sur le crédit revolving. «Le grand danger du credit revolving, c’est le cercle vicieux de prendre un revolving pour en rembourser un autre, puis un autre… Il faut, lorsqu’on en signe un, savoir comment et dans quel délai on rembourse. Et il faut que l’horizon temporel soit court pour éviter une addition très vite très salée.»